« Face à la crise, notre priorité est de protéger notre collectif »

Par Xuoan D. le 09/11/2020

Temps de lecture : 6 min

Une décision facile à prendre dans un contexte difficile.

Alors que la France vit actuellement son 2e confinement de l’année, la Réclame compte résister à la morosité ambiante avec une nouvelle rubrique : L’Antécrise.

Dans cette série d’interviews, nous donnons la parole à des dirigeant(es) confiné(e)s d’agences, de marques, d’associations professionnelles, de régies, et d’adtech. Le but ? Impulser une énergie positive pendant cette période complexe. Nous nous interrogerons sur comment garder le moral à titre personnel, comment rassurer son équipe en tant que manager, et comment transmettre de l’optimisme à ses clients (tout en vendant quelques projets, cela va de soi). On le sait, au-delà de la dramatique crise sanitaire en cours, avoir confiance dans l’avenir, dépenser, investir… est clé pour traverser ces turbulences et limiter la casse économique.

Nous interviewons aujourd’hui Agathe Bousquet, présidente de Publicis Groupe en France.
 

Comment gardez-vous le moral en ce moment ?

Agathe Bousquet : Mon moral vient de mon cercle familial, amical et professionnel, incontestablement.

Quand je vois à quel point et à quelle vitesse tous nos talents en France ont su s’adapter, réagir, pour faire face à cette étape 2 du confinement, je me dis que nous avons beaucoup appris depuis mars et qu’il y a un élan collectif, solidaire qui grandit alors que la crise s’intensifie. Sincèrement, c’est une inspiration quotidienne en ce qui me concerne, et une incitation à redoubler d’attention, et disons-le aussi, de travail.

En revanche, je suis inquiète face à l’incertitude. Il est devenu tellement difficile de prévoir, d’anticiper à quoi ressemblera demain, pour nos clients, pour nous-mêmes et franchement pour le monde dans son ensemble. Alors je reste concentrée sur le moment présent, où je sais qu’on peut agir.
 

En temps de crise, votre rôle est-il plus que jamais de transmettre de l’énergie positive à vos équipes ?

A.B. : En temps de crise ou non, je me dois d’avoir une vision claire et que notre modèle agisse de façon unie. Mon rôle ne change pas avec la crise. À l’heure de toutes les incertitudes, nos plus grandes forces sont justement nos convictions sur comment il faut exercer nos métiers. C’est mon rôle de les porter ainsi que celui de tous les managers, au plus près de leurs équipes.

Après, ce qui change en temps de crise, c’est justement l’énergie qu’il faut mettre pour tenir la barre et garder le cap. Mon rôle est donc « augmenté » d’une hyper attention dans l’écoute des collaborateurs et des clients, augmenté d’une volonté de transmettre aux équipes l’énergie nécessaire pour que chacun puisse être mobilisé au bon endroit et au bon moment. Et le faire avec un état d’esprit proche et irréprochable.
 

Qui dit crise, dit décisions difficiles à prendre, notamment d’un point de vue RH. Comment s’y prépare-t-on en tant que dirigeant ?

A.B. : Crise ou pas crise, il y a toujours des décisions difficiles à prendre. Si on ne souhaite pas en prendre, je déconseille le job.

Un collectif engendre potentiellement des désaccords, des rapports de force, des choses qui ne fonctionnent pas comme prévu. Cela fait partie de la vie de nos entreprises. Et, en ce moment, notre secteur ne connaît pas de croissance à deux chiffres. Certaines agences subissent la crise davantage que d’autres.

Tout cela oblige parfois à des adaptations nécessaires.

Nous avons pris une décision facile dans un contexte difficile : notre priorité est de protéger notre collectif existant. Quand quelqu’un part, nous devons tout faire pour le remplacer par une personne en interne, afin d’éviter tout plan social chez Publicis en France.

La plateforme Marcel nous aide beaucoup, elle favorise les mobilités intelligentes au sein du groupe et permet de repérer les opportunités. Après, on ne va pas demander à un data analyst d’une agence d’être concepteur-rédacteur dans une autre. En revanche, un planneur stratégique peut tout à fait changer d’agence que ce soit pour une mission ou plus durablement. Nous sommes une plateforme unie de talents.
 

Au-delà de la double crise sanitaire et économique, le secteur de la communication s’est heurté ces dernières semaines à des propositions d’encadrement de la publicité face au climat, ainsi qu’à une résurgence du mouvement #metoopub avec Balance ton agency. Y a-t-il un risque que le secteur rompe face à ces multiples crises ?

A.B. : Je ne me pose pas la question comme cela. Nous sommes dans un moment de transition majeure sur tous ces sujets. Nous ne sommes pas totalement parvenus à être perçu comme un secteur actif et responsable sur ces enjeux de société. Parfois, nous n’avons pas réussi alors que nous avons fait des choses. Parfois, nous ne sommes pas allés assez loin.

Cependant, la communication est essentielle. Il n’y aura pas de transition écologique dans notre pays sans communication, sans média, sans l’engagement des marques et sans la créativité de nos agences. Dans le secteur associatif dans lequel j’ai débuté [chez Solidarité Sida, NDLR], s’il n’y avait pas de communication, les gens mouraient.

Le rôle de la communication est clé pour la sensibilisation, la mobilisation, le changement des comportements. La communication permet de changer les usages et les perceptions. L’urgence climatique pousse et doit continuer de pousser les annonceurs à agir de façon plus responsable. Nous devons aussi tous collectivement réduire l’impact de ce que l’on produit en tant que publicitaires. Et, pour le faire, il faut nous soutenir, nous encourager.

Face à la publicité, le réflexe des politiques est en général d’interdire ou de limiter. C’est une logique de défiance et un coup terrible en pleine crise économique. Plutôt que de nous fragiliser, il faudrait plutôt nous responsabiliser en nous faisant jouer un rôle d’acteurs de la transition écologique. C’est l’enjeu des États Généraux sur lesquels les annonceurs, les médias et les agences sont mobilisés. C’était aussi le thème du Positive Talk organisé chez Publicis il y a quelques semaines avec Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin, l’ADEME… Et concrètement, depuis plusieurs années, nous avons lancé notre programme « No Impact for Big Impact » d’éco-conception de nos campagnes pour mesurer et limiter l’impact de nos actions de marketing depuis le brief jusqu’au plan média, en passant par la production.

Concernant #metoopub, je ne le vis pas comme une crise datant de 2020 mais comme une responsabilité remontant à bien plus loin, sur laquelle nous devons faire beaucoup de progrès. #Metoo et #metoopub ont permis une accélération de la libération de la parole, ce qui est une excellente chose. C’est un mouvement légitime et une chance pour notre secteur et nos talents.

Depuis deux ans, nous avons travaillé et dialogué avec différentes associations et tiers de confiance. L’émergence de Balance ton agency nous a permis à nouveau de beaucoup échanger en interne, de challenger nos approches et nos outils. De nouvelles idées et initiatives nous ont été remontées par nos salariés. Nous allons renforcer nos moyens d’alerte, d’écoute, de dialogue, d’enquêtes ainsi que nos audits externes. Nous avons un devoir de prévention et de sécurité. Quand j’entends certains managers ailleurs me dire « chez nous, nous n’avons pas ce problème », je m’agace. Pas tant parce que je suis montrée du doigt, mais parce qu’en la matière, on ne gagne rien à faire l’autruche. Ce qui ne semble pas être un problème pour lui l’est peut-être pour quelqu’un d’autre. La société est en transition sur ces sujets, c’est une bataille culturelle qui est en train de se jouer.
 

Vos trois valeurs pour affronter les prochains mois ?

A.B. : Un certain sens des responsabilités, tout d’abord.

Ensuite, de l’optimisme. Je suis convaincue qu’on va s’en sortir, et qu’on s’en sortira même plus fort.

Enfin, de l’attention. Nous vivons une période où il est décisif d’être attentif aux autres, de faire preuve de solidarité et de proximité alors qu’il serait aisé de s’isoler dans son petit monde.

Et ce sont trois valeurs qui se partagent !

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