La folle histoire du patron de masque AFNOR téléchargé 1,5 million de fois

Par Élodie C. le 02/06/2020

Sortez couverts ! Nouvelle interview parole d’annonceur.

Si vous avez confectionné ou acheté à un maker un masque de protection, il y a de fortes chances que le patron à partir duquel il a été réalisé provienne de l’AFNOR. L’Association française de normalisation a en effet mis à disposition un modèle de masque barrière à peine 10 jours après le début du confinement alors que les premiers tutos, modèles et conseils pour fabriquer le sien se propageaient déjà sur les réseaux sociaux, avec le risque qu’ils soient inopérants, voire dangereux pour ses porteurs. Résultat d’un travail collectif de l’AFNOR, ce projet a permis la mise en place d’un référentiel pour faciliter et accélérer la fabrication de masques, en même temps qu’il offrait à l’association une visibilité sans précédent sur ses prérogatives. De l’aveu même d’Olivier Gibert, chargé des relations presse du groupe AFNOR, c’est le projet collectif « le plus exaltant » sur lequel il a travaillé ces dernières années.
 
Comment s’est faite la diffusion du masque dans un contexte surchargé de messages ? Quel a été le principal défi de l’AFNOR ? Comment les normes nécessaires à la conception des masques ont pu être libérées en si peu de temps ?
 
Porte-voix de l’ensemble des personnes à la manoeuvre sur ce projet, Olivier Gibert revient sur le succès de la diffusion du guide de l’AFNOR dans cette nouvelle interview Parole d’annonceur.

Dans quel contexte la diffusion de ce patron est-elle intervenue ? 

Olivier Gibert : Ce projet est arrivé dans le contexte d’une entreprise chamboulée : comme beaucoup, le groupe AFNOR a été conduit à revoir sa manière de fonctionner et de délivrer des services. Les normes volontaires sont habituellement coécrites par les parties intéressées en présentiel : nous faisons nos audits de certification sur site et nos formations étaient encore majoritairement réalisées en séance physique… Nous avons tout transformé en un temps record pour préserver l’activité et l’emploi. Sur ce projet masques, l’équipe cœur était confinée, tout comme les 150 experts textiles, médecins, pompiers, industriels, laboratoires d’essais qui se sont mobilisés. La situation était tellement inédite que cela a certainement facilité le travail en urgence. Toutes les personnes impliquées étaient surmotivées, car l’idée était d’apporter une solution. Les modèles de masques sortaient de partout, du fait de la pénurie, les tutos et conseils sur les réseaux sociaux aussi. L’enjeu était donc d’apporter un repère, pour livrer des recommandations par rapport à des modèles qui étaient au mieux inefficaces, au pire dangereux pour les porteurs.
 
Comment s’est faite sa diffusion et comment a-t-elle été amplifiée ? 

O.G. : Nous avons privilégié le web en misant sur la forte viralité du sujet. La diffusion a été phénoménale. Les journalistes ont été très précieux pour apporter des informations fiables et ils nous ont beaucoup sollicités. Nous avons aussi informé les acteurs publics pour que notre initiative soit bien comprise de celles et ceux qui font les lois. Deux mois plus tard, ce sont plus de 10 millions de vues de nos contenus, près de 8 000 retombées médias et une foire aux questions très fournie. Si le modèle de masque était créé pour les industriels et les particuliers, ce sont bien ces derniers qui s’en sont emparés. C’est la première fois qu’un document type norme entre autant chez les particuliers : près de 1,5 million de personnes l’ont téléchargé et se sont lancées en fabriquant leurs masques.


 
Quel a été le principal défi de ce projet ? 

O.G. : S’adapter en permanence. Nous avons été challengés comme jamais, sur le plan de la communication, du système d’information et en matière de conduite de projet. Cependant, étant donné que notre initiative a été perçue à juste titre comme une solution, elle a été très bien accueillie. Cela nous a d’ailleurs encouragés à prendre des initiatives, en développant une plateforme web pour créer le lien entre offres de masques et demandeurs. Des partenaires sont venus à nous et cela a beaucoup enrichi le projet, encore une fois pour le bien commun.


 
Quels sont les résultats de cette opération ?

O.G. : Nous avons gagné en notoriété de manière inestimable. Politiques, industriels, particuliers et journalistes ont connu AFNOR de manière concrète, simple, alors que le sujet était complexe et le contexte difficile. Concernant nos activités en normalisation, ce projet crée un précédent et pourrait, en termes de perception, montrer que ce service est totalement adapté pour apporter rapidement un premier niveau de consensus, sur un sujet complexe et d’intérêt général. Soyons clairs : l’idée selon laquelle la norme AFNOR est obligatoire est tenace, alors qu’elle est bien volontaire. Certains pensent aussi que ces documents sont faits par un ingénieur, seul dans son coin. Par l’exemple, on a fait savoir que ces documents sont faits collectivement et de manière ouverte. Là encore, c’est positif, à commencer par celles et ceux qui travaillent chez AFNOR : beaucoup en retirent une certaine fierté, et c’est, je pense, très justifié.
 
La conception d’une norme est généralement très longue et payante, dans ce cas précis l’AFNOR et ses partenaires ont libéré l’accès à une quinzaine de normes, comment cela a-t-il été rendu possible en si peu de temps ?

O.G. : Cela a été généré par le côté exceptionnel de la crise. Beaucoup d’entreprises ont essayé d’apporter quelque chose de positif pendant cette période et, humblement, AFNOR aussi. Nous nous sommes placés en droite ligne avec notre mission d’intérêt général en allant vite (le modèle de masque a été élaboré en 7 jours), et en finançant ce projet. Le comité européen de normalisation (CEN-CENELEC) et l’organisation internationale de normalisation (ISO) ont quant à eux ouvert la consultation de normes pour soutenir la fabrication de masques, de respirateurs et autres équipements.


 
De nombreux faux médicaments, masques et gels hydroalcooliques ont circulé et circulent sans doute encore en Europe pendant l’épidémie. Avez-vous songé à la diffusion d’informations erronées ou celle de faux patron AFNOR, comment lutter contre ce type d’infox ? 

O.G. : Nous avons été très vigilants, en réagissant à toutes les infox. Si cela n’est jamais facile, cela a certainement contribué, quelque part, à augmenter la confiance que tout un chacun peut accorder à un organisme tel qu’AFNOR. Étant donné que le modèle de masque barrière est public, cela permet à un acheteur de questionner le vendeur, c’est ouvert.
 
La stratégie déployée en avril dernier par Intuiti (qui a raconté cette folle histoire sur son média Decriiipt) pour structurer la présence de la marque sur les réseaux a-t-elle facilité votre communication et donc la diffusion du patron AFNOR pendant le confinement ?

O.G. : Pas vraiment, car Intuiti nous accompagne principalement sur le B2B (Linkedin) du fait de nos activités historiques. Cela dit, certaines animations graphiques faites pour ce réseau ont été postées et bien perçues sur Facebook et Twitter, où les discussions se sont le plus tenues.

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Publiée par Groupe AFNOR sur Vendredi 27 mars 2020

  
Depuis l’épidémie et la diffusion du patron AFNOR, on en oublierait presque que l’AFNOR est une association de normalisation, et ce, dans de très nombreux domaines : quels secteurs se détachaient avant l’épidémie ?

O.G. : Nous sommes effectivement mobilisés sur tous les sujets socio-économiques. Près de 20 000 professionnels comptent sur nous chaque année pour coécrire des normes volontaires, dans 90 % des cas au plan international ou européen. Plus de 77 000 organismes au total font appel à nos services, notamment de certification, de veille ou de formation. 
 
Évidemment, les sujets liés à la responsabilité sociétale et l’environnement au sens large sont très mobilisateurs, tout comme ceux autour de la qualité, de l’énergie, de la santé et de la sécurité au travail. Aujourd’hui, nous sommes mobilisés pour faciliter la reprise d’activités de toutes les organisations, qu’elles soient publiques ou privées.
 
Désormais, de nombreux particuliers et commerces proposent leurs propres masques, comment vérifier rapidement que le masque acheté est « aux normes » justement ?

O.G. : Il n’existe pas aujourd’hui de dispositif de certification tierce-partie pour les masques tel que vous pouvez en connaître pour les détecteurs de fumée ou d’autres produits de consommation. Nous n’assurons pas ce rôle de vérification. L’État a quant à lui mis en place un dispositif d’homologation, qui passe par des tests réalisés par la direction générale de l’armement et est assorti de logos, lesquels donnent des indications sur le nombre de lavages que les masques peuvent subir.


 
Que pensez-vous du détournement des masques en accessoire de mode, voire en objet publicitaire (lorsque les marques en conçoivent à leur effigie) ?

O.G. : En tant qu’AFNOR, nous serons attentifs à ces initiatives, peut-être pour continuer à faire évoluer le modèle de masque barrière si les créations suscitent des innovations concernant les performances. Notre rôle demeurera, sur ce sujet, de rester un repère. Des discussions sur les modèles de masques se tiennent jour et nuit sur les réseaux sociaux et bien souvent, la question du suivi ou non des recommandations d’AFNOR s’installe.
 
Question traditionnelle de cette rubrique : quel est votre conseil pour que la relation annonceur-agence soit une réussite ?

O.G. : La clarté. Annonceur et agence ont tout intérêt à être transparents sur les enjeux, leurs atouts et leurs éventuelles faiblesses sur un projet. Dans l’urgence, rien n’est pire que de découvrir que le contexte initial n’était finalement pas tout à fait celui présenté, ou que la promesse était malheureusement inacessible.

 


Crédit photo : Masques par Les mini mouettes

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