Parole d’entrepreneur : Pourquoi Dare.Win rejoint le groupe de Sir Martin Sorrell

Par Élodie C. et Xuoan D. le 14/09/2020

Temps de lecture : 11 min

"De fils unique à membre d'une grande famille d'entrepreneurs."

Avec cette nouvelle rubrique, nous nous intéressons aux entrepreneurs et entrepreneuses de la communication. Et quelle meilleure opportunité pour ouvrir ce nouveau format que de s’intéresser à la fusion surprise entre Dare.Win et le groupe international MediaMonks, du groupe S4Capital de Sir Martin Sorrell, mogul à la tête de WPP pendant trois décennies.

Parole d’entrepreneur est donnée à Wale Gbadamosi Oyekanmi, fondateur emblématique et président de Dare.Win.

Les chiffres clés

Dare.Win en tant qu’entreprise, c’est :
– 85 collaborateurs ;
– une marge brute de 6 millions d’euros en 2019 (+31 %) ;
– un chiffre d’affaires de 10M en 2019 (+51 %) ;
– une croissance estimée pour 2020 : N.C. mais « toujours à deux chiffres » ;
– montant du rachat : confidentiel.

L’interview

Qu’est-ce qui vous a motivé à créer votre agence, en 2011, sur une planche à repasser ?

Wale Gbadamosi Oyekanmi : J’ai toujours été passionné par les contenus. Je suis tombé très tôt dans le digital et j’y ai vu une opportunité pour les marques de s’approprier les codes de l’entertainment. D’autant que ce type d’offre n’existait pas sur le marché à ce moment-là.

Et pour la petite histoire, j’ai démarré mon entreprise sans le sou, je n’avais pas de bureau. C’est en effet ma table à repasser qui faisait office de lieu de travail. L’agence de Berlin ouverte en 2015 en a une dans ses locaux. À la Silicon Valley ses garages, à Dare.Win sa planche à repasser !

Quel est le principal défi rencontré ces deux dernières années en tant qu’entrepreneur ?

W.G.O. : C’est une bonne question. L’enjeu phénoménal chez Dare.Win est de gérer une croissance à deux niveaux : le recrutement et la transmission des valeurs et de la culture de l’agence.

La recette du succès d’une agence est d’avoir, mais surtout de conserver son équipe motivée. Recruter dans le domaine de la communication est de plus en plus challengeant aujourd’hui. Il y a une guerre ouverte sur les talents, et la façon dont on leur donne envie de rester. Entre les startups, les entrepreneurs, et cette quête de sens de plus en plus vive, le recrutement s’avère compliqué. Une difficulté qui augmente encore aujourd’hui avec le Covid.

Il est fondamental de créer un environnement de travail avec des perspectives de développement pour les collaborateurs après les avoir recrutés. Et c’est un vrai challenge, surtout dans une dimension d’accélération où il est nécessaire de recruter beaucoup de gens rapidement parce que l’agence grandit vite. C’est important de réussir ça.

En plus de recruter, il faut transmettre sa culture, la développer et la préserver. C’est l’un des principaux défis des deux dernières années, notamment à cause de la vitesse d’accélération de la croissance de l’agence.

Ensuite, à travers les talents, il y a les compétences : les faire grandir, qu’ils aient envie de rester, d’apprendre de nouvelles choses, ne s’ennuient pas, trouvent du sens. Toutes les problématiques rattachées aux salariés en 2020 en somme.

Comment s’est opérée la rencontre avec S4Capital ? Étiez-vous à la recherche d’un partenaire pour démarrer un nouveau chapitre de l’histoire de Dare.Win ?

W.G.O. : Cette rencontre s’est produite, car nous étions amenés à nous rencontrer. C’est une réalité, nous avons des visions très similaires sur ce qu’est le digital présentement et ce qu’il sera dans le futur, la manière dont il devra se développer. « Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas » : S4Capital a beau être une très grande montagne, nos chemins devaient se croiser, même si nous évoluons sur des territoires différents. Je connaissais déjà les équipes de MediaMonks, je les ai rencontrées dans divers événements, j’ai collaboré avec eux dans des jurys… Il y avait déjà une forme d’affinité et de connaissance mutuelle naturelle.

Dans le développement de notre projet et le leur, notre rapprochement était logique de par cette opportunité géographique (le siège social de MediaMonks est à Hilversum, aux Pays-Bas, celui de S4Capital à Londres, au Royaume-Uni, les deux structures sont présentes dans plusieurs pays à travers le monde… mais pas en France. NDLR) . C’est une réalité que nous avions envie d’élargir autour d’un partenariat fort sur le territoire français et au-delà pour l’équipe de Dare.Win et nos clients.

Ensuite, j’ai beaucoup réfléchi à définir et évaluer la façon dont Dare.Win allait continuer à être une agence pertinente et innovante dans la décennie qui s’ouvrait. J’expliquais cela dans mon discours de début d’année. Nous l’avons été ces dix dernières années, je suis très fier du travail accompli, nous devons toutefois rester pointus, innovants et pertinents par rapport aux besoins du marché qui évoluent vite. Cette fusion est une super opportunité de répondre à cette problématique. Tout en ayant un temps d’avance sur le marché.

La première chose que vous vous êtes dites avec Sir Martin Sorrell ?
W.G.O. : Nous nous sommes rencontrés via Zoom, monde Covid oblige. C’est une nouvelle grammaire conversationnelle, celle du nouveau monde.

Pour l’anecdote, nous avions rendez-vous avec les équipes de S4Capital sur Zoom, et comme cela peut se produire parfois, on s’entretient une première fois avec les équipes opérationnelles, puis si ça matche, à chaque tour on grimpe dans l’organigramme et rencontre le(s) big boss à la toute fin. Je ne m’attendais donc absolument pas à rencontrer Sir Martin Sorrell dès le 1er tour, c’est juste le big boss de l’empire. Et pourtant, lui et moi sommes arrivés en avance sur le call et nous nous sommes retrouvés connectés ensemble, à attendre. Nous avons échangé des amabilités : “Bonjour, je suis Martin Sorrell, bonjour je suis Wale Gbadamosi Oyekanmi.”

C’est comme ça que je l’ai rencontré, et je me suis dis : “Ah ouais, il est venu nous rencontrer, nous Dare.Win, dès les prémices.” Cela m’a confirmé qu’il était vraiment intéressé par notre agence et donc que nous étions nous-mêmes intéressants. Sa présence prouve également son implication et la véritable passion qu’il insuffle dans ce projet. C’est un indicateur de son investissement et du niveau de réussite attendu dans cette entreprise.

La stratégie de S4Capital contournait jusqu’alors le modèle agence — que Martin Sorrell a pourtant connu en long et en large avec WPP — en se concentrant sur « la data, le contenu et le programmatique ». Qu’est-ce qui, selon vous, a convaincu S4Capital de s’intéresser à votre agence ?


W.G.O. : Deux choses :
1. Une pertinence à deux niveaux
Une pertinence de vision. Dans le business, il est fondamental de s’associer, de fusionner ou de se rapprocher de structures avec une vision commune. Pour que le mariage fonctionne bien, avoir une culture et des valeurs identiques, proches ou compatibles est primordial. C’est une erreur souvent commise dans ce type de deals qui sont des accords parfois capitalistiques ou stratégiques.

La pertinence et la proximité de nos cultures et nos visions sont quelque chose qui nous a immédiatement plu dans nos discussions avec S4Capital.

Ensuite, la pertinence géographique : MediaMonks n’est pas présent en France. L’idée d’avoir un acteur, de taille critique, présent sur un marché en Europe sur lequel ils ne sont pas, a une pertinence forte.

2. Enfin, et c’est la déclinaison naturelle du premier élément : une clientèle quasiment identique.
Un de leurs plus grands clients historiques est Google, nous travaillons pour Google. Ils travaillent pour Netflix, nous travaillons pour Netflix. L’ensemble de ces marques, très digitales, leaders du marché numérique, sont présentes au sein du groupe S4Capital et sont présentes au sein du portefeuille de clients de Dare.Win.

Lorsque ces trois éléments sont réunis, il paraît tout à fait naturel pour les dirigeants de S4Capital de vouloir nouer cet accord et construire un projet commun, qui est : monter un groupe nouvelle génération qui répond aux problématiques du XXIe siècle et entend truster et être leader de la décennie à venir. Et au-delà.

C’est ce qui m’a plu. Avec cette réalité que le deal se réalise 50% cash et 50% en actions. Il y a donc un vrai engagement de ma part de croire en ce groupe-là, en son futur et d’y contribuer.

Au quotidien, comment va s’articuler la collaboration avec MediaMonks ? Et avec S4Capital ?

W.O.G. : Un point très important dans cette collaboration : toute l’équipe de Dare.Win reste au sein de l’agence pour travailler sur ce projet-là. Il n’y a pas de licenciements ou de départs liés à cette fusion. Et il n’y a pas de recrutements spécifiques non plus. Ce qui peut parfois créer des situations conflictuelles. Nous restons aux manettes du projet. Nous sommes ravis, car nous devons notre succès à nos talents et nous voulons continuer de travailler avec eux.

Nous allons faire des réunions de travail avec les différentes équipes, comprendre leurs mécanismes de fonctionnement et observer les opportunités. Nous sommes impatients de collaborer avec eux sur le marché français, soit en renforçant la proposition de valeur auprès de nos clients, soit en les accompagnant auprès de clients présents chez MediaMonks, à l’étranger, mais pas encore sur le territoire. Un élément important, la vitesse : le groupe va vite, cela va permettre une collaboration efficace pour apprendre à se connaître et travailler ensemble.

Il y a plein d’opportunités, et nous sommes contents d’être deux structures très digitales dans un monde Covid, cela va être beaucoup plus fluide. Nous allons nous appuyer sur les outils digitaux et la culture digitale pour se rapprocher rapidement.

Il y aura des lignes de reporting, ce qui est normal, mais nous rejoignons une grande famille avec plein de cousins après avoir été fils unique.

Avec S4Capital enfin, il y a une notion de famille intéressante dans la manière dont elle est envisagée, et les valeurs transmises autour de la passion pour le développement de ce projet, la manière de collaborer avec les clients et les partenaires. Nous avons des points très réguliers et des communications qui vont commencer de manière transverse, notamment dans cette période Covid où la priorité reste la santé des personnes. Des suivis sont effectués sur l’évolution de l’épidémie dans les 35 pays où MediaMonks est présent pour avoir de la visibilité, notamment sur le collaboratif.

C’est un projet de fusion, mais Dare.Win conserve son nom, ses locaux et son équipe dirigeante. N’est-ce pas un peu inédit comme type de fusion ?

W.G.O. : Nous appelons cela une fusion, car c’est véritablement un rapprochement dans le fait d’intégrer et mettre nos forces en commun. Ce rachat, comme tous les rachats de MediaMonks et S4Capital, est un investissement. J’investis également dans MediaMonks, l’idée n’est pas de partir dans trois ans avec un chèque. Nous ne sommes pas sur ce type de deal. Notre projet est tourné vers le futur et confère une dimension forte d’entrepreneuriat à chacun des partenaires rejoignant la famille MediaMonks.

Le 2e élément important dans ce projet est que nous n’avons pas de structure concurrente au sein de cette famille. Ce qui arrive très souvent dans les groupes lors de telles acquisitions : deux structures identiques, de taille similaire, appartenant au même groupe avec des objectifs divergents.

Ici, nous avons un unique P&L avec MediaMonks, tout va dans la même direction, il n’y a pas de conflits concernant un projet, nous avons tous intérêt à ce que le projet marche. Ce que le grands groupes traditionnels n’ont pas réussi à mettre en place.

Notre groupe est collaboratif, digital, moderne, rapide, bati pour monde covid avec ses échanges digitalisés ; avec une vision commune. C’était un point très important, car souvent, lorsque les sociétés fusionnent dans le même secteur d’activité, des licenciements se produisent régulièrement (doublon de service et de talents). Nous sommes une agence très saine, nous ne fusionnons pas pour des raisons financières, mais pour créer de la valeur pour les équipes, les clients et le projet S4Capital.

C’est un vocabulaire de fusion, même si 100% des parts vont être rachetés par les équipes de Sir Martin Sorrel, car philosophiquement le projet va dans cette direction-là. Ce qui n’est pas le cas des dernières fusions dont j’ai entendu parler sur le marché français…

Qui sont désormais les différents actionnaires de Dare.Win ?

W.G.O. : À 100% S4Capital et MediaMonks. Je ne suis plus actionnaire de Dare.Win, mais de S4Capital. D’où la fusion.

Qu’est-ce que cela va changer pour vous en tant qu’entrepreneur ? Appréhendez-vous de perdre votre indépendance ?

W.G.O. : Non, pas du tout, car ce sont des conditions définies contractuellement. Nous connaissons d’ores et déjà le niveau d’indépendance que l’on aura. Ce qui change c’est l’idée de ne plus être seul. On parle souvent de la solitude de l’entrepreneur, là je rejoins une maison d’une vingtaine d’entrepreneurs. Et cela m’excite énormément. J’aime apprendre, me challenger, accompagner les clients, être sur leurs problématiques actuelles et futures.

Intégrer un groupe dirigé par un entrepreneur, à la tête de WPP pendant 33 ans, qui en a fait le réseau d’agences de publicité le plus valorisé au monde, est passionnant, je me dis que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre à 37 ans et à transmettre à mes équipes et aux clients. Idem avec les équipes de MediaMonks qui, en 20 ans, sont passés de 3 à 2 000 dans 20 pays, avec un niveau d’exigence qui en a fait la meilleure société de production depuis.

Si nous avons la possibilité d’apprendre et de collaborer avec les meilleurs acteurs du marché, nous ne pourrons en être que meilleurs. C’est super excitant, notamment parce que cette vision développée par MediaMonks est très en phase avec le monde d’aujourd’hui et de demain. Certains acteurs sont encore au stade de la transition, eux sont déjà en train de bâtir l’avenir.

Fast forward dans 9 ans. Comment visualisez-vous Dare.Win en 2029 ?

W.G.O. : Je ne sais pas si Dare.Win s’appellera encore Dare.Win dans 9 ans. Nous pourrons avoir changé de nom et s’appeler MediaMonks, c’est une possibilité.

Ce qui sera important, c’est le niveau de satisfaction et des clients, l’intégration dans un groupe international et le projet collectif.

Ce qui va m’intéresser dans 10 ans, c’est où en seront MediaMonks et S4Capital et non plus Dare.Win individuellement. C’est toute la différence du projet, ne plus être solitaire, mais devenir une équipe. Aura-t-on réussi à continuer de travailler avec les marques les plus innovantes, à reprendre un temps d’avance et être les meilleurs sur le marché mondial ? C’est cela l’enjeu des 9/10 prochaines années. MediaMonks et S4Capital sont très, très bien équipés pour ce projet-là.

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