De quoi calmer la fronde médiatique ?
Perplexity, l’IA conversationnelle valorisée à 18 milliards de dollars, promet aux éditeurs une part de 80 % des revenus générés lorsque leurs articles alimentent ses résultats de recherche. Cette promesse doit être financée par son nouvel abonnement « Comet Plus », avec une dotation initiale de 42,5 millions de dollars.
Pensé comme la pierre angulaire de ce modèle, « Comet Plus » prend la forme d’une offre payante proposée à 5 dollars par mois — incluse toutefois dans les formules supérieures Pro et Max. L’originalité de ce programme est qu’il répartit les revenus selon trois usages bien distincts : les visites directes de sites, les citations dans les résultats de recherche et les actions réalisées par des agents IA. Perplexity affirme ainsi vouloir rémunérer les éditeurs en fonction des différentes manières dont les internautes consomment l’information, qu’ils naviguent manuellement, interrogent l’IA ou délèguent une tâche complexe à un agent automatisé.
Cette offre est intimement liée à Comet, le navigateur maison de Perplexity, conçu comme une alternative à Chrome ou Safari mais enrichi de fonctionnalités d’IA générative. C’est dans ce cadre que la plateforme prévoit de dévoiler une première liste de partenaires médias, au moment où Comet deviendra accessible gratuitement à tous les utilisateurs. Les éditeurs intéressés peuvent déjà se porter candidats en contactant l’entreprise via [email protected].
Ce partage des revenus n’est pas seulement une innovation économique : c’est un geste politique. Depuis des mois, Perplexity est accusé de « scraping » sauvage. Cloudflare lui reproche même d’avoir contourné les blocages techniques censés protéger les contenus. Autrement dit, cette ouverture ressemble à un chèque de paix destiné aux éditeurs.
Ce n’est pas la première tentative de rapprochement. En 2024 déjà, Perplexity avait signé des partenariats pilotes avec TIME ou Der Spiegel. Mais les revenus alors redistribués restaient marginaux. Avec 80 % promis aux médias, la startup pousse cette logique beaucoup plus loin, au risque de mettre en péril sa propre rentabilité. La comparaison avec Google s’impose : quand la firme de Mountain View concentre la valeur publicitaire, Perplexity mise sur le partage pour se différencier.

L’annonce tombe dans un contexte critique : la presse voit ses revenus s’éroder tandis que les IA résument leurs articles sans générer de trafic vers les sites. En garantissant une contrepartie financière, Perplexity espère inverser ce rapport de force. Reste à savoir si les éditeurs suivront, et si les abonnés « Comet Plus » seront assez nombreux pour transformer la promesse en revenus tangibles.
En clair, Perplexity achète du temps et de la crédibilité. Aux éditeurs de décider si ce partage inédit est un cadeau empoisonné ou une chance inespérée de financer l’information à l’ère de l’IA.













