Alimentation durable : pourquoi Too Good To Go, Yuka et C’est qui le Patron ?! musclent leur jeu

Par Élodie C. le 12/05/2022

Temps de lecture : 6 min

Un collectif de 10 marques pour une proposition de loi.

Dans le flot des communications RSE des marques, tantôt opportunistes, parfois teintées de greenwashing, mais aussi – et heureusement – parfaitement sincères, se distinguent des initiatives transformatrices, novatrices, à même de faire bouger les lignes. Quand elles ne l’ont pas déjà fait.

Dans cette nouvelle rubrique, « Moteurs de changement », nous donnons la parole à ces acteurs de la transformation positive.

Pour cette première édition, Lucie Basch, ingénieure de formation, co-fondatrice et CEO de l’application anti-gaspi Too Good to Go, revient sur le lancement du Collectif de l’Alimentation durable pour tous avec 9 autres acteurs du secteur – Yuka, C’est qui le Patron ?!, La Ruche Qui Dit Oui !, Poiscaille, Banques Alimentaires, La Fourche, FoodChéri, Maxime de Rostolan et ECO2 Initiative.

Comment s’est opérée la constitution de ce collectif ?

Lucie Basch : Dans le cadre de la présidentielle, nous étions assez déçus du manque d’attention apportée au sujet de l’environnement, et en particulier nous concernant, de l’alimentation durable. Avec des acteurs de l’alimentation représentatifs d’une grande partie des citoyens français – Yuka, C’est qui le patron ?! ou Too Good To Go qui représentent chacun près de 15 millions de consommateurs – nous étions convaincus qu’il fallait porter des recommandations et des clés d’action très simples, mais très concrètes pour que les candidats s’en emparent et s’engagent à délivrer un plan ambitieux pour rendre notre alimentation plus durable. Nous avons donc construit 10 propositions concrètes avec ces différents acteurs et les avons déposées dans les QG des différents candidats.

Quelle est l’ambition du collectif ? Dans votre communiqué de presse de lancement, il est écrit : “Et si l’élection présidentielle de 2022 était l’opportunité de répondre à ce besoin” (manger des produits qui respectent l’environnement) ? Y a-t-elle répondu ? 

L.B. : D’une certaine manière, mais clairement pas assez. Le débat n’a pas vraiment eu lieu, même si nous avons pu discuter avec chaque parti de ces propositions. Dans le contexte des législatives qui arrivent, l’idée est de s’assurer que nos propositions puissent être entendues et prises en compte, jusqu’à présenter une proposition de loi. 

Toutes ces propositions ont été testées sur le terrain et ont généré des résultats à leur petites échelles : il est donc temps de les généraliser pour maximiser leur impact.

Comment entendez-vous inscrire ce projet dans l’agenda politique ?

L.B. : Nous allons observer ce qui se passe pendant les législatives, puis aller chercher les candidats avec qui nous sommes déjà en discussion et ceux qui seront élus pour étudier la façon dont ils pourraient porter le projet.

Quels sont les premiers résultats et réactions du public suite à cette annonce ? Le collectif a-t-il vocation à intégrer d’autres marques ?

L.B. : Pour l’instant, le collectif va avancer avec ces acteurs qui sont déjà nombreux (10, NDLR) pour pousser la proposition de loi. Ensuite, à long terme, nous souhaitons rendre l’alimentation plus durable pour toutes et tous. Comme nous l’avons réalisé avec Too Good To Go pour le gaspillage alimentaire, nous voulons faire de l’alimentation au sens large un sujet pour le grand public, mais aussi les politiques. 

Chez Too Good To Go, nous opérons autour de 4 piliers de la société : les consommateurs, les entreprises, les politiques et l’école. Là aussi, il s’agit de parler davantage d’alimentation durable pour avoir des clés en main. Mardi dernier, lors du Think Tank Agroalimentaire des Échos, nous sommes allés pousser des propositions concrètes pour s’assurer que nous proposons une alimentation plus durable, pas uniquement accessible aux plus aisés.

Concernant les retours, nous sommes ravis du bel engouement rencontré auprès du public et de nos audiences respectives chez les différents acteurs du collectif. Nous avons posté une vidéo en ligne qui a généré plusieurs dizaines de milliers de vues. Post-législatives nous souhaitons embarquer encore davantage les citoyens avec une communication plus grand public et des méthodes plus poussées pour montrer les attentes des citoyens sur ce sujet. 

Qu’est-ce que les récents scandales alimentaires vous inspirent ? Font-ils de l’alimentation durable un enjeu sanitaire d’autant plus prégnant ?

L.B. : Pour le collectif, l’alimentation durable correspond à l’idée d’être plus transparent, de connecter davantage le consommateur aux producteurs, et faire que ces scandales n’aient plus lieu d’être puisque les citoyens seront plus en lien avec leur alimentation, comprendrons mieux ce qu’ils mangent, en privilégiant toujours plus le circuit court. Tout cela empêcherait énormément de scandales comme ceux que l’on a vus récemment.

Ils font donc de l’alimentation durable un enjeu sanitaire, mais plutôt indirectement en changeant en profondeur le système, plutôt que le conserver et le rendre encore plus contraignant en termes de normes d’hygiène. Les normes d’hygiène sont déjà là, mais le système est bien trop absurde, notamment dans la longueur de la chaîne alimentaire. C’est ce qui aboutit à ce type de scandales.

Comment voyez vous le secteur de l’alimentation durable évoluer dans les années à venir ?

L.B. : Justement au travers d’une alimentation plus transparente, à la fois en termes d’impact alimentaire sur notre santé – nous avons vu le Nutri-Score arriver, l’objectif est qu’il soit déployé de manière encore plus large – et d’impact sur l’environnement avec le Planet-score par exemple. Nous ne pouvons pas reprocher aux consommateurs de ne pas faire les bons choix lorsqu’ils ne sont pas suffisamment informés et que cette information essentielle n’est pas accessible. 

Ce sont également des problématiques européennes puisque si nous faisons en sorte que le Nutri-Score et/ou le Planet-Score deviennent obligatoires, il faudra également que cela soit le cas au niveau européen : nous sommes dans un circuit de libre échange qui nécessite un engagement plus large qu’uniquement franco-français. Cette transparence est donc essentielle.

Ensuite, il est nécessaire de réconcilier les producteurs et les consommateurs, permettre que les premiers soient mieux rémunérés et que les second valorisent davantage leur alimentation, en acceptant d’acheter moins, mais mieux. Ainsi et surtout, de gaspiller moins : aujourd’hui, ce sont encore 29 kilos de nourriture par an et par Français qui sont gaspillés. Il faut les sensibiliser encore plus pour que les citoyens et les consommateurs français comprennent qu’en jetant une baguette de pain, ce sont des centaines de litres d’eau que l’on gaspille, des dizaines d’heures de travail de plusieurs artisans, etc.

Si l’on comprenait davantage la valeur complète de notre alimentation, au sein du Collectif de l’Alimentation durable pour tous, nous sommes persuadés que nous gaspillerons nécessairement moins.

La seule évolution connue autour du gaspillage alimentaire c’est qu’il y a quelques années, la taille du gaspillage était évaluée à  ⅓ de la production mondiale de nourriture, aujourd’hui, la dernière étude publiée en 2021 évoque + 40%. Cela empire. La pandémie n’a pas aidé : les chaînes logistiques ont été encore plus irrégulières qu’à l’accoutumée, avec des déplacements de nourriture rendus plus compliqués. Cela démontre l’importance des circuits courts, du local et des produits de saison, mais aussi que la crise est un révélateur d’absurdités, celles-ci devenant d’autant plus fortes en temps de crise.

Enfin, l’essor des pays émergents qui produisent de plus en plus : si les pays dits développés ne font pas les efforts nécessaires et que les pays émergents suivent leur modèle productiviste, on court à la catastrophe.

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