Quel avenir pour le journalisme ?
Il y a deux semaines, au Royaume-Uni, l’autorité de la concurrence (Competition and Markets Authority) avait fait part à Alphabet / Google de quelques propositions pour limiter l’impact économique de ses fonctionnalités AI Overviews et AI Mode sur les éditeurs de site internet. Comme chacun sait, ces outils agentiques limitent grandement le taux de clics et perturbent toute le marché du SEO. Et bien souvent, les informations qu’ils donnent sont basées sur les contenus de sites internet indépendants, sans compensation financière et parfois sans crédits.
En décembre, c’est la Commission Européenne qui avait commencé une enquête sur ces mêmes outils, et sur les possibilités d’une favorisation des dispositifs IA Google sur les plateformes de Search par rapport à ses concurrents sur le marché agentique.
Et ce mardi 10 février, “en complément” de cette investigation européenne, l’European Publishers Council (association professionnelle rassemblant des PDG d’entreprises médias et/ou édition), a déposé une plainte officielle contre Google pour abus de position dominante. Cette plainte concerne surtout les réutilisations de contenus pour ses outils IA, et sur YouTube, notamment les contenus journalistiques, « sans options de retrait efficaces ni rémunération équitable, tout en déplaçant les traffics, audiences et revenus qui sont essentiels à la viabilité du journalisme professionnel ».
Des intérêts différents et des inquiétudes opposées
Si la situation ne s’arrange pas, l’EPC a tenu à alerter sur le départ très probable, volontairement ou non, des titres de presse régionaux ou spécialisés du marché web, ce qui mènera indubitablement à une offre d’information réduite, moins diversifiée et encore plus fragile. Google avait dit le 28 janvier dernier travailler à intégrer les propositions de la CMA, dont l’idée fondamentale de donner les choix aux éditeurs de sites web de retirer purement et simplement leurs contenus des réponses de l’AI Overviews et/ou l’AI Mode (il n’était pas encore question de Gemini). Espérons que cela ait l’effet positif escompté.
Dans un communiqué, le président de l’EPC Christian Van Thillo, a tenu à souligner l’importance d’une action immédiate pour assurer l’avenir économique des médias. Il explique que cette plainte ne constitue pas une prise de position catégorique contre « l’innovation ou l’intelligence artificielle », en revanche il alerte sur les effets des pratiques anticoncurrentielles ainsi développées :
« Si ces pratiques continuent, les dommages seront structuraux et irréversibles. Aucun montant d’argent ne peut restaurer les audiences perdues, les relations affaiblies avec les marques, ou la confiance érodée des lecteurs quand les éditeurs seront désintermédiés. La compétition effective, le pluralisme médiatique et le discours démocratique, qui sont tous des objectifs au coeur du Bouclier européen de la démocratie, dépendent d’une exécution opportune et décidée. »
Reuters rapporte la réaction d’un porte-parole de Google : « Ces accusations erronées sont une tentative de repousser l’installation de nouvelles fonctionnalités IA que les Européens veulent. Nous concevons nos fonctionnalités IA pour repérer les contenus qualitatifs à travers le web, et nous fournissons des outils de contrôle facile à utiliser pour qu’ils puissent gérer leurs contenus. »











