Un lancement qui fait réagir.
Le déploiement d’AI Overviews et d’AI Mode par Google n’aura pas tardé à faire réagir. Quelques heures après l’annonce, le CPA (Collectif Pour les Acteurs du marketing digital performant), le GESTE (Groupement des éditeurs de services en ligne) et le SPIIL (Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne) annoncent une mobilisation commune pour suivre l’impact de ces deux nouveaux outils sur les médias français et demande plus de transparence sur l’utilisation des contenus des éditeurs. Les trois organisations affirment vouloir documenter précisément les conséquences de ces fonctionnalités IA de Google sur l’ensemble de l’écosystème de l’open web, avant d’envisager d’éventuelles actions.
Plus que les fonctionnalités elles-mêmes, c’est leurs modes de déploiement qui attirent les foudres. Dans leur communiqué, les représentants des éditeurs expliquent avoir découvert leur arrivée en même temps que le grand public, sans annonce faite au préalable par Google. Ils dénoncent également le manque de réponses concrètes apportées par le géant américain aux nombreuses questions posées ces dernières semaines, qu’il s’agisse de l’exploitation des contenus, des mécanismes d’opt-out, des conséquences sur la visibilité des sites ou des garanties proposées aux éditeurs.
Cette réaction intervient alors que les organisations alertent sur l’évolution du moteur de recherche vers un modèle dit “zéro clic”, dans lequel les réponses générées par l’intelligence artificielle restent directement dans l’interface de Google, limitant les visites vers les sites d’origine. Une évolution qui menace à la fois la visibilité des contenus, leur monétisation et, plus largement, l’équilibre économique des médias. Le communiqué rappelle que plusieurs études menées dans les pays où AI Overviews est déjà disponible évoquent une baisse du trafic organique et une augmentation des recherches sans clic.
Noella Boullay, directrice déléguée du CPA, estime que les premiers retours observés à l’étranger confirment ces inquiétudes : “Partout où AI Overviews a été lancé, la baisse d’audience n’est plus une hypothèse : elle est documentée, jusqu’à -58 % de clics vers les sites éditeurs selon Ahrefs. Et il ne fait aucun doute que l’impact sera encore plus lourd avec AI Mode, qui pousse encore plus loin la logique de réponse sans clic. Ces outils se nourrissent des contenus des éditeurs, sans consentement et sans partage de valeur. Tant que ce modèle persistera, nous n’en voulons pas en France. L’open web ne peut pas survivre à une innovation qui s’enrichit de la création tout en la marginalisant.”
Au-delà des conséquences sur l’audience, le CPA, le GESTE et le SPIIL pointent également un manque de transparence dans les outils mis à disposition des éditeurs. Ils regrettent l’absence de données spécifiques dans Search Console permettant d’isoler les performances d’AI Overviews et d’AI Mode. Les organisations estiment également que le mécanisme d’opt-out proposé par Google ne répond que partiellement aux préoccupations exprimées et ne permet pas aux éditeurs de disposer de tous les éléments nécessaires pour décider en connaissance de cause de l’utilisation de leurs contenus.
Pour les trois organisations, cette mobilisation marque avant tout le début d’un travail de suivi. Elles annoncent vouloir mesurer les effets du déploiement sur les audiences et les revenus des éditeurs, documenter son impact et poursuivre le dialogue avec Google. Laure de Lataillade, directrice générale du GESTE, rappelle que “Les éditeurs ont toujours su s’adapter aux grandes évolutions du numérique et continueront de le faire avec l’intelligence artificielle. AI Overviews et AI Mode ne pourront toutefois tenir leur promesse pour les utilisateurs que si leur déploiement repose sur la transparence et sur le respect des contenus et des modèles économiques qui rendent possible la production d’une information fiable, pluraliste et de qualité. À ce jour, les garanties indispensables pour considérer que ces conditions sont réunies font toujours défaut.”
Reste à voir si cette mobilisation permettra d’obtenir des réponses de la part de Google dans les semaines à venir… Nous ne pouvons que le souhaiter.










