La lutte contre l’obsolescence programmée continue.
Après l’imposition du chargeur USB-C aux marques d’appareils électroniques en 2022, l’Union européenne continue d’enrichir de nouvelles législations sa directive Ecodesign, qui fait de l’écoconception et de l’efficacité énergétique des obligations technologiques.
En 2019, la Commission européenne a calculé que ces mesures, outre celles présentées dans cette article, feraient faire des économies d’énergie de 167TWh d’ici 2030. Soit une réduction de 46 millions de tonnes des émissions de CO2. D’autre part, il est projeté que parce que les consommateurs auront moins souvent besoin de remplacer leurs appareils électriques et électroniques, chaque foyer économiserait grâce à cela 150 euros par an en moyenne, ou 20 milliards d’euros en tout d’ici 2030.
Ces estimations devront probablement être revues à la hausse. Depuis le 20 juin 2025, les smartphones et tablettes vendues dans les pays membres de l’Union européenne doivent répondre à de nouveaux critères de durabilité et de transparence. L’annexe 2 de la directive Ecodesign les détaille :
— Les appareils électroniques portables doivent être résistants aux chutes et aux rayures, à la poussière et à l’eau. Plus précisément, on doit pouvoir plonger l’appareil dans l’eau à une profondeur d’un mètre pendant 30 minutes sans dommages.
— Leurs batteries doivent gagner en durabilité : après 1000 cycles de charge et décharge complets, la batterie d’un appareil doit conserver au moins 80 % de sa capacité initiale. Le remplacement de la batterie est aussi facilité par la législation : le processus doit être notamment accomplissable par un “profane”. “Par «profane», on entend une personne sans expérience spécifique de la réparation ni qualifications en la matière”, précise l’annexe II. Toutefois, aujourd’hui encore, la tâche reste loin d’être facile pour les “profanes”. La nuance de la législation, notée par Les Numériques, est que les constructeurs sont exemptés de respecter cette dernière demande si leurs téléphones “combinent certification IP67 et batterie capable de tenir 1 000 cycles à 80 % de capacité ». Ce qui est le cas d’Apple.
— Pour réparer les appareils au mieux, les producteurs et distributeurs doivent garantir aux réparateurs professionnels l’accès à toutes les pièces nécessaires au plus tard 10 jours après leur demande. Ces pièces doivent être disponibles séparément au moins jusqu’à 7 ans après la fin de la commercialisation de l’appareil sur le marché européen. L’accès à ces pièces ne doit faire l’objet d’aucune discrimination selon que le réparateur est affilié à une marque ou non.
— Les mises à jour des systèmes d’exploitation doivent être assurées pour un appareil au moins jusqu’à 5 ans après la date de la vente de son dernier exemplaire en UE avant la fin de sa commercialisation.
Une notice de durabilité
Chaque smartphone doit aussi, depuis le 20 juin 2025, doit être accompagné d’informations extensives sur sa composition (plastique, cobalt…), sa consommation d’énergie, ses compatibilités avec des cartes mémoire, son taux de recyclabilité, des façons de prolonger la durée de vie de la batterie etc. Son emballage doit contenir une étiquette d’information énergétique comme celle-ci :

- Classe d’efficacité énergétique.
- Efficacité énergétique de ce produit.
- Endurance de la batterie une fois complètement chargée.
- Classe de vulnérabilité aux chutes.
- Endurance de la batterie par cycle.
- Classe de réparabilité du produit.
- Indice de protection (IP code).
En septembre 2027, la Commission européenne devra évaluer l’impact réel de la Directive Ecodesign, et s’adapter aux éventuels nouveaux besoins selon les progrès technologiques sur le marché. Qui sait quel gadget aura été inventé d’ici là !
Avec l’arrivée de John Ternus – grand spécialiste du hardware, quand Tim Cook était plutôt un expert de la logistique / de l’industrialisation – à la tête d’Apple en septembre prochain, beaucoup s’attendent à une accentuation des efforts de la marque sur l’innovation, avec le lancement accéléré de nouveaux produits. Chose qui aurait manqué au mandat de Tim Cook. Ces dernières décennies, la marque s’est rendue tristement célèbre pour ses politiques un peu perfides de différenciation de produits périphériques, comme les chargeurs, par rapport à toute la concurrence. Elle est l’une des principales cibles de ces diverses législations européennes visant à garantir la durabilité accrue des produits électroniques, et remplacer le réflexe du rachat par celui de la réparation.
En 2023, l’Europe des 27 a collecté environ 5,2 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques. Dont 1 million venant de France ! Si l’UE recycle aujourd’hui la majorité de ces déchets, des directives comme Ecodesign restent nécessaires pour limiter au maximum le gaspillage de ressources et la surconsommation électronique.

Reste à savoir quel impact ces mesures auront sur la communication des marques high tech. Nul doute qu’il va falloir une certaine science du marketing pour vendre cette nouvelle durabilité, alors que le renouvellement tous les trois ans en moyenne de la plupart des smartphones permettait aux constructeurs d’entretenir leur importante rentabilité.
Autre interrogation : ces nouveaux standards vont-ils redéfinir à l’échelle mondiale ce que doit être – et ne pas être – un smartphone ? Réponse à partir de 2027.










