Qwant partage les revenus publicitaires de ses résultats de recherche IA avec des médias français

Par Gabrielle S. le 12/03/2026

Temps de lecture : 4 min

Protégeons l’économie des éditeurs de l’économie de l’IA.

Le moteur de recherche Qwant annonce un partenariat avec de nombreux médias français pour 9 mois d’expérimentation de sa fonctionnalité Réponses Flash. Ces dernières sont ces réponses courtes générées par IA, résumées mais sourcées, placées en haut des résultats d’une recherche web (suivant le même principe que les Google AI Overviews). Les revenus publicitaires autour de ce dispositif seront partagés à égalité entre Qwant et ces éditeurs médiatiques partenaires, et les Réponses Flash seront éventuellement intégrées à leur sites web.

Mais attention : les Réponses Flash ne seront pas nourries exclusivement d’informations tirées de ces sites. Il n’y aura pas de favoritisme dans les résultats envers les médias qui ont signé cet accord par rapport aux autres, même si les premiers seront rémunérés et pas les autres… Sont concernés, entre autres : L’Équipe, Les Échos, Le Parisien, Ouest-France, Le Figaro, L’Étudiant, L’Humanité, Paris Match, les 9 titres du groupe Ebra (L’Est républicain, Le Dauphiné Libéré…). Et côté TV : BFMTV, France Médias Monde (France 24, RFI…), TV5 Monde, etc.

Les Échos remarquaient ce lundi que “l’impact économique resterait limité” pour les médias partenaires de Qwant, anticipant de faibles revenus. En France, les recherches sur Qwant représentent en effet seulement 2 % des requêtes totales. Mais l’annonce n’en est pas moins importante, même symboliquement, comme l’explique dans un communiqué Marc Feuillée, président de l’Alliance de la presse d’information générale : « La valeur des contenus de presse pour l’IA doit être reconnue et rémunérée. La première étape est de la mesurer. Cette expérimentation avec Qwant va dans le bon sens : pour la première fois, les éditeurs auront une transparence sur l’usage de leurs contenus dans les réponses IA. C’est la condition pour poser les bases d’une rémunération juste. »

Vers une IA plus respectueuse des contenus protégés ?

Ce partenariat effectif s’inscrit dans une nécessaire dynamique de transparence, de justice, de recherche d’égalité : les éditeurs web sont reconnus comme contributeurs primordiaux (et souvent involontaires) au développement d’outils IA qui leur coûtent des pertes de clics astronomiques. Ils seront ainsi rémunérés par Qwant à la hauteur de leur aide. Par cette décision pionnière, le moteur de recherche français se distingue de développeurs concurrents d’IA dont le mépris des droits d’auteur fait l’objet de beaucoup d’inquiétudes.

Cette initiative de Qwant a été saluée par Laure de Lataillade, Directrice Générale du Groupement des éditeurs de services en ligne (GESTE) : « Dans un marché fortement disrupté par l’IA, où les équilibres économiques de l’information sont fragilisés, le GESTE accueille favorablement l’expérimentation engagée par Qwant. Alors que la plupart des grandes plateformes et moteurs de recherche refusent tout dialogue sur la rémunération des contenus utilisés pour alimenter leurs services, la démarche proactive de Qwant ouvre une voie concrète. En collaborant avec les éditeurs pour faire émerger un modèle économique où le partage de la valeur est intégré par défaut, Qwant engage une dynamique que le GESTE suivra avec attention et intérêt. »

Qwant choisit de suivre avant qu’elles ne soient votées par le Parlement Européen certaines des règles préconisées récemment en Europe par la Commission des affaires juridiques pour la protection des oeuvres soumises aux droits d’auteur dans leur utilisation par les IA génératives. Dans son rapport, la Commission, présidée par Axel Voss, fait trois grandes propositions aux pays membres de l’UE :

– que les auteurs de contenus protégés puissent refuser que ces derniers soient utilisés pour entraîner les IA (contre l’exploitation automatisée des données) ;

– que les développeurs d’IA aient une obligation de transparence quant aux contenus utilisés pour entraîner leurs outils, notamment s’ils sont protégés ;

– que les auteurs de contenus protégés (dont la presse, les artistes et autres créatifs) soient rémunérés si leurs productions sont utilisées par les IA.

De son côté, Olivier Abecassis, directeur général de Qwant, précise que ce partenariat relève également d’une volonté de l’entreprise de soigner, de garantir la qualité de ses outils en les entraînant sur les bonnes données : « les usages du search prennent une nouvelle dimension grâce à l’IA, ces modèles reposent en partie sur des contenus de qualité, l’innovation doit donc s’opérer de manière transparente et écosystémique, en travaillant main dans la main avec tous les acteurs concernés, en premier lieu les médias et les éditeurs de presse ».

Perplexity, Meta et New Corps ont aussi annoncé des partenariats similaires. Si de tels accords ne commençaient par à avoir lieu, il y a fort à parier que beaucoup de titres de presse, alarmés par leurs pertes de revenus, choisiraient d’interdire l’utilisation de leurs contenus pour le développement des résumés IA. Et la mauvaise qualité conséquente des informations recueillies par ces IA pourrait mener à un détournement de la population de ces outils, ou à sa profonde mésinformation dans le cas où la confiance resterait.

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