Avec Mieux, Michel Cymes ambitionne de réinventer la TV santé

Par Élodie C. le 04/09/2025

Temps de lecture : 12 min

Et si lancer une chaîne TV ne passait plus par la TNT ?

En 2025, alors que la télévision linéaire poursuit sa mue face aux plateformes de streaming et aux réseaux sociaux, Michel Cymes fait un pari singulier : lancer Mieux, une chaîne entièrement dédiée à la santé. Aux côtés de Valérie Bruschini, co-fondatrice et directrice générale du projet, le médecin et animateur entend répondre à une demande forte des Français, à l’heure où la désinformation médicale prospère en ligne et où l’accès aux médecins se réduit. Leur ambition : proposer un média global, accessible sur les box, France.tv et les réseaux sociaux, pour diffuser une information fiable et compréhensible autour de la santé.

Dans cet entretien, Michel Cymes et Valérie Bruschini reviennent sur les motivations derrière la création de Mieux, son positionnement éditorial face aux autres médias santé, et sa vocation d’utilité publique.

Pourquoi lancer une nouvelle chaîne de télévision en 2025, à l’heure où la consommation de contenus se déplace massivement vers les plateformes de streaming et les réseaux sociaux ?

Michel Cymes : Premièrement, une grande partie de la population ne va pas sur les plarteformes de streaming, sur le net, mais regarde encore la télé, soit sur les grandes chaînes, la TNT ou les box. Les gens ne sont pas forcément familiarisés avec tout le reste. Les jeunes y vont beaucoup plus facilement, mais on ne s’adresse pas qu’à eux. Et par définition, ceux qui s’intéressent le plus à leur santé aujourd’hui préfèrent regarder la télé qu’aller chercher sur le net et leurs ordinateurs des infos sur la santé.

Pourquoi on a lancé Mieux aujourd’hui ? Parce qu’on est débordé par la désinformation et les fake news. Les complotistes, les antivax n’arrêtent pas d’envoyer de la désinformation. Il faut bien qu’il y ait des acteurs qui s’occupent de contrer cela. Notre mission, c’est d’être une vraie chaîne militante, mais ni dogmatique ni péremptoire. Militante, cela veut dire envoyer de l’information autour de la santé, une information fiable, vérifiée, sans aucun dogmatisme.

Valérie Bruschini : Nous avons voulu créer une vraie plateforme, un média global. C’est cela qui fait la différence par rapport à ce qu’on peut trouver ailleurs en matière de contenu santé. C’est essentiel de pouvoir toucher l’ensemble des cibles : les plus seniors, parfois sur la télé, et les plus jeunes sur les réseaux. Quand on parle des réseaux, par exemple YouTube, il faut se rappeler que la plateforme est désormais majoritairement consommé sur un écran de télévision.

Notre objectif est donc de bâtir une véritable fabrique de contenu, des contenus de qualité, sûrs, et qui alimentent l’ensemble des devices. L’accessibilité devait être la plus large possible, c’est ce que l’on a voulu mettre en place avec Mieux.

Quelles tendances médiatiques ou sociétales vous ont convaincus qu’il y avait une place pour Mieux ?

M.C. : Ce n’est pas tant une histoire de tendances qu’un constat. Quand on regarde le PAF aujourd’hui, il y a très peu de propositions autour de la santé. France Télévisions en fait avec le Magazine de la santé, Enquête de santé ou Bel et Bien, mais en dehors de ça, il n’y a quasiment rien. On trouve bien quelques chroniques ou des sujets dans les journaux, mais pas de vraies émissions, de vrais débats, avec de vrais projets conçus pour aider les Français à mieux s’informer et à comprendre ce qu’est la désinformation. À nos yeux, il y avait donc une place, un créneau à prendre pour une chaîne entièrement consacrée à la santé. Et je ne parle pas seulement de médecine, mais bien de santé au sens large.

Si on veut parler de tendances, je parlerais de celle du grignotage du territoire par les déserts médicaux. Les Français ont de plus en plus de mal à poser leurs questions à un médecin, puisqu’il y en a de moins en moins, l’accès est difficile. Même les pharmacies ferment, chaque année en France, en nombre inquiétant. Alors les gens finissent par ne plus avoir d’interlocuteurs à qui poser leurs questions. Et quand on ne peut pas poser une question à un médecin pour soi ou pour ses enfants, on va chercher l’information ailleurs, avec tous les risques que cela comporte. C’est aussi cela qui justifie la place de Mieux.

V.B. : Du point de vue de la demande, la santé est aujourd’hui la préoccupation numéro un des Français. Un chiffre nous a particulièrement interpellés : 71 % des Français placent la thématique de l’information sur la santé au cœur de leurs attentes. Et un autre est tout aussi marquant : 58 % des 18-34 ans ont déjà pris une décision en matière de santé qu’ils regrettent à cause de la désinformation. Ces éléments nous ont confortés dans l’idée qu’il y avait une véritable place pour un média comme le nôtre, avec une valeur ajoutée forte et un impact réel à apporter sur cette thématique.

Cette désinformation, vous la situez sur une plateforme en particulier, sur des contenus ?

M.C. : Partout. On trouve de la désinformation partout. Il y a des créateurs de contenus qui s’improvisent professionnels de santé, sur tous les réseaux. C’est incroyable. Entre ceux qui se permettent d’injecter ce qu’ils appellent du Botox ou de l’acide hyaluronique, ceux qui donnent des conseils parce qu’un jour ils ont bu une tisane en se persuadant que cela les avait protégés d’un cancer… On trouve de tout, sur tout. Toutes les plateformes, tous les médias véhiculent leur lot de désinformation.

V.B. : C’est confirmé par les institutions qui travaillent dessus. Elles publient régulièrement des chiffres qui comptabilisent la quantité de fake news qui circulent. Cela sort en permanence et cela montre bien l’ampleur du problème.

M.C. : D’ailleurs, le ministère de la Santé vient de lancer une commission et a demandé à trois experts de produire un rapport sur la désinformation en France. C’est bien la preuve que cela touche l’ensemble des plateformes et que c’est un sujet majeur.

Ne pas avoir de fréquence TNT n’est donc plus un obstacle au lancement d’une chaine TV aujourd’hui. Qu’est-ce que cela raconte de l’époque et de l’écosystème médiatique selon vous ?

M.C. : Nous sommes très transparents. Au départ, nous avons tenté d’obtenir une fréquence TNT. On est arrivés troisièmes alors qu’ils en ont donné deux, c’est le jeu. Si on l’avait obtenue, cela nous aurait probablement permis d’avoir une meilleure place, un meilleur numéro, d’être vus par plus de gens. Cela aurait été très bien, mais comme on ne l’a pas eue, on a fait sans et on s’est lancés sur les box.

L’intérêt, c’est que cela nous a permis de montrer que nous étions capables de tout construire de A à Z. On est partis de rien, avec le budget qu’on avait, et on a réussi à lancer une chaîne hier à 19h30. On a construit les plateaux, la rédaction, tout. On a montré qu’on savait faire. Si demain il y a une possibilité d’avoir une fréquence TNT, rien ne nous empêche de le faire. Mais au moins, on aura prouvé notre savoir-faire.

V.B. : Ce n’est pas une fin en soi, car le paysage évolue. La part des gens qui regardent la télé en TNT n’est plus si importante que cela. En étant disponibles en accès gratuit sur les box et sur les réseaux, on touche déjà très largement nos cibles. Et surtout, il y a la diffusion sur France.tv, qui est aujourd’hui la première plateforme de streaming gratuite en France. C’est un atout majeur. Cela montre bien que l’écosystème médiatique a changé : on peut être très largement distribué sans passer par la TNT.

En quoi l’approche éditoriale de Mieux se distingue-t-elle des autres médias santé déjà présents (presse, web, TV, podcasts) ?

M.C. : On va être complémentaires, pas concurrents. La santé est la préoccupation première des Français, c’est ce que disent tous les sondages. Mais l’information médicale est de plus en plus compliquée à comprendre. Cela fait trente ans que j’en fais, et je peux dire que certains sujets sont de vrais casse-têtes à expliquer. Prenez le vaccin à ARN pour le Covid-19 : ce n’était pas simple de rendre cela compréhensible et rassurant à la fois. Il fallait non seulement expliquer son efficacité, mais aussi rassurer sur l’absence d’effets secondaires. Ce type d’information est complexe et exige une vraie pédagogie.

Avec Mieux, on a une grille complète qui balaye tous les âges, tous les profils, toutes les thématiques liées à l’hygiène de vie et à la santé. Une émission isolée, même le Magazine de la santé que j’ai présenté pendant vingt ans, ne peut pas couvrir aussi largement qu’une chaîne entière avec une programmation dédiée. En plus, grâce aux rediffusions et au replay, chacun peut retrouver une émission manquée. Et au-delà, on sera présents sur les réseaux sociaux, en podcast… On veut être une chaîne 360.

Notre ambition est claire : devenir une chaîne de référence. Évidemment, cela ne se fait pas en une soirée. On a lancé la chaîne hier à 19h30, il ne faut pas s’attendre à ce que 60 millions de Français aient déjà le réflexe de se tourner vers nous. Mais progressivement, on veut que ce réflexe s’installe. Si demain des responsables de la santé en France choisissent de venir annoncer des plans ou des mesures importantes sur notre antenne, alors on aura gagné notre pari.

V.B. : J’ajouterais que nous produisons nos propres programmes, avec du contenu inédit. C’est une vraie différence. Nous ne nous contentons pas de recycler des chroniques ou des formats existants : nous fabriquons un contenu original, pensé pour nos audiences et pour toutes les plateformes. C’est ce qui nous permet de nous distinguer réellement des autres médias santé.

Comment conjuguer un objectif d’utilité publique (lutter contre les fake news santé) avec les contraintes de rythme, de formats et de captation d’audience propres à la télévision ?

M.C. : On le conjugue très bien. On a une vraie rédaction, avec des journalistes, des flashs d’info réguliers, des journaux… C’est une chaîne de télévision normale, qui diffuse de l’information. Il n’y a aucun problème ni par rapport à l’éthique, ni par rapport aux besoins d’information.

Et pour aller plus loin, on s’est dotés d’un comité scientifique et d’un comité d’éthique. Cela nous permet de garantir que ce que l’on diffuse est fiable, vérifié, et que notre mission de service public, de lutte contre les fake news, est respectée dans les formats que l’on propose.

Quels formats avez-vous jugé prioritaires pour capter et fidéliser votre audience dès le lancement ?

M.C. : On fait une chaîne qui veut se faire connaître. Nous n’allons pas nécessairement prioriser certains formats plutôt que d’autres, en revanche, nous avons évidemment des têtes de gondole. Des gens connus et d’autres qui le sont moins, voire pas du tout. Nous voulons attirer du monde grâce à l’audience de la chaîne, les réseaux sociaux et tout ce que l’on va organiser autour.

Si je vous cite Laurent Bignolas, Églantine Éméyé, Wendy Bouchard, Hélène Gâteau, Olivier Véran, ce sont des noms que tout le monde connaît. Ce sont nos “produits d’appel”. Chacun, dans son domaine d’expertise, va nous aider à faire venir du monde. Prenez Églantine par exemple : présenter une émission sur les aidants avec elle a du sens, parce qu’elle est engagée sur ces sujets, y compris dans sa vie personnelle. Cela attire les gens qui la suivent et donne de la crédibilité au programme.

Pour ma part, je vais présenter une émission quotidienne avec trois potes avec qui j’ai déjà fait de la radio. On va se marrer et j’espère que les gens qui ne me voient plus dans le Magazine de la santé auront envie de retrouver ce ton-là avec nous. À côté, on a aussi des gens moins connus qu’on espère faire émerger grâce à la chaîne. On veut vraiment un équilibre entre notoriété et nouvelles têtes.

V.B. : Mon rôle est de m’assurer que cette diversité de profils et de programmes s’inscrit bien dans une stratégie globale pour fidéliser le public.

Comment s’est concrétisé le partenariat avec FranceTV Publicité pour la commercialisation de vos espaces publicitaires ?

V.B. : Cela s’est fait assez naturellement parce qu’on partage des valeurs communes. Nous sommes une chaîne indépendante, avec une vocation d’utilité publique, et France Télévisions Publicité a une vraie expertise et une très bonne connaissance des annonceurs dans le domaine de la santé.

Il y avait donc un ADN commun, un intérêt partagé autour de ces thématiques. C’est ce qui a rendu le partenariat évident. Et d’ailleurs, il va au-delà de la régie publicitaire, puisque cela inclut aussi la diffusion sur la plateforme France.tv. Un atout considérable pour nous.

Quelles attentes ou exigences expriment déjà vos premiers annonceurs (Oui Care, Carrefour, Aesio Mutuelle, Veolia, Malakoff Humanis) en matière d’activation autour de Mieux ?

V.B. : On travaille déjà avec eux sur des dispositifs. L’idée est d’apporter au marché publicitaire des solutions qui n’existaient pas auparavant autour de cette thématique de la santé. On veut mettre en place de grands partenariats qui peuvent prendre plusieurs formes : du parrainage télé, des activations sur les réseaux sociaux, mais aussi des événements, parce qu’on aimerait bien être présents hors média et aller dans les territoires.

On réfléchit avec ces partenaires à des activations un peu différentes, en complément de campagnes plus classiques qui viennent s’insérer dans notre dispositif. Et il faut rappeler qu’ils nous ont fait confiance très tôt, avant même le lancement. Parmi eux, il y a Aesio Mutuelle, Oui Care, Carrefour, Veolia, Malakoff Humanis… Au total, une vingtaine d’annonceurs sont déjà présents dans nos espaces publicitaires. C’est un vrai signe de confiance dans ce projet.

Quel rôle joue Webedia dans votre dispositif ? Est-ce qu’ils prennent en charge vos réseaux sociaux et la diffusion, et peut-on imaginer qu’ils activent leur pool de talents ou d’autres leviers pour enrichir vos contenus ?

V.B. : Oui, en partie. Webedia va gérer certains aspects assez classiques du community management, mais pas seulement. On veut aussi développer avec eux des formats spécifiques et profiter de leur expertise et de leur expérience des réseaux sociaux. Cela passe par l’identification de personnalités issues des réseaux qui pourraient compléter notre traitement de certaines thématiques et par la création de formats natifs avec leur propre grammaire, leur vocabulaire. Sur ce terrain-là, ils ont un vrai savoir-faire dont on a besoin pour compléter notre approche télé.

Et oui, on peut tout à fait imaginer activer leur pool de talents. Mais pas uniquement le leur : l’idée est aussi qu’ils nous aident à dénicher d’autres profils, à s’appuyer sur leur connaissance fine des plateformes et des créateurs. On va essayer de co-créer ensemble des contenus et des activations qui permettront à Mieux d’exister pleinement dans l’écosystème social, en complément de notre présence télé.

Vous venez de lancer Mieux. Mais vous pensez certainement déjà l’avenir. Quelle sera l’étape d’après pour votre chaine ?

V.B. : Nous souhaitons ouvrir rapidement de nouveaux axes de développement. On veut lancer une partie événementielle, parce qu’on a envie d’être aussi présents hors média, dans les territoires. On veut aussi développer encore davantage la partie réseaux sociaux, avec des contenus issus de l’antenne mais aussi des contenus natifs, pensés spécifiquement pour ces plateformes.

On a plein de projets de diversification. Maintenant que le lancement de la chaîne est derrière nous, l’enjeu, c’est d’enchaîner sur ces prochaines étapes pour élargir notre présence et renforcer notre rôle dans l’écosystème.

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