''360brew''.
Depuis le printemps, les créateurs et community managers constatent une baisse généralisée de la portée organique sur LinkedIn. Selon le rapport Algorithm Insights Autumn 2025 de Just Connecting, le reach moyen aurait chuté de 47 % entre février et septembre, tandis que les engagements et la croissance des abonnés ont reculé de près de 40 %. En toile de fond, un nouveau venu : 360Brew, le modèle d’intelligence artificielle maison développé par LinkedIn pour piloter ses recommandations.
Ce qui est confirmé
LinkedIn a bel et bien conçu 360Brew, un modèle « IA fondation » décrit dans une publication de l’équipe FAIT (Foundation AI Technologies) sur arXiv. Ce modèle “decoder-only” de grande ampleur a vocation à unifier les multiples systèmes de recommandation de la plateforme : fil d’actualité, offres d’emploi, suggestions de contacts, et plus largement, tout ce qui relève du classement de contenus.
Selon ce document technique, 360Brew s’appuie sur une compréhension sémantique plus fine des textes et des interactions. Il doit permettre de mieux relier les contenus aux centres d’intérêt réels des utilisateurs, en privilégiant la pertinence plutôt que la popularité brute.
Ce qui ne l’est pas
À ce stade, LinkedIn n’a jamais confirmé officiellement le déploiement de 360Brew dans le fil d’actualité. Aucune date, ni communication d’ingénierie ne précise quand — ni même si — le modèle pilote actuellement le feed. La recherche académique publiée évoque les performances du modèle et ses capacités, sans détailler de calendrier de mise en production.
En revanche, plusieurs signaux laissent penser à une transition en cours : des fluctuations de visibilité observées par les utilisateurs, l’apparition d’un bouton “Boost” (qui permet de payer pour élargir la portée de ses posts), et la mise en avant croissante des “Posts suggérés” générés par l’IA.
Ce que les données suggèrent
Les analyses de Just Connecting montrent que les publications de profils individuels occupent désormais une place moindre dans le feed, tandis que les posts sponsorisés et recommandés gagnent du terrain. Le nouvel algorithme classerait les contenus en clusters thématiques, montrant d’abord les posts à des utilisateurs intéressés par le sujet — et non plus prioritairement aux abonnés du créateur.
Résultat : moins de viralité, plus de ciblage. Et une hiérarchie de l’engagement bouleversée : le commentaire devient le nouveau signal fort, au détriment du simple “like”.
Ce que cela pourrait signifier pour les marques
Si la visibilité brute diminue, LinkedIn semble chercher à élever le niveau de pertinence du contenu, dans un contexte où la prolifération de posts générés par l’IA accentue la saturation du réseau. Le réseau social professionnel pourrait ainsi vouloir se différencier des autres plateformes en valorisant les échanges de fond et la crédibilité des auteurs.
Mais la logique économique reste présente. Le bouton “Boost” esquisse une monétisation accrue du reach, au-delà des offres Premium, dans une dynamique qui rapproche LinkedIn d’un modèle publicitaire plus assumé.
Ce que nous ignorons encore
Difficile, pour l’heure, de savoir jusqu’où 360Brew est déployé, et comment il sera calibré à long terme. LinkedIn n’a pas communiqué de données sur les effets mesurés, ni sur la pondération entre critères d’intérêt, engagement et monétisation.
Une chose est sûre : l’époque du reach exponentiel semble révolue. Place à une ère où la cohérence thématique, la profondeur des échanges et la conversation primeront sur la fréquence des publications. Une évolution qui pourrait, à terme, redéfinir la nature même du “réseau professionnel”.











