La fin du sharenting ?
Alors que 53% des parents français partagent en ligne des photos de leurs enfants, la Data Protection Commission d’Irlande (DPC) a dévoilé « Pause Before You Post », une campagne de sensibilisation réalisée en collaboration avec notre CNIL nationale. Le « sharenting », combinant « sharing » et « parenting », désigne la pratique des parents qui publient régulièrement des informations, photos ou vidéos de leurs enfants sur les réseaux sociaux et autres plateformes en ligne.
Diffusée d’abord en Irlande puis adaptée pour une diffusion dans d’autres pays européens, l’initiative s’appuie sur un film produit par Sweet Media et imaginé avec l’agence Core. Conçue pour une diffusion au cinéma, à la télévision et sur les réseaux sociaux, la campagne vise à alerter les parents sur les conséquences souvent sous-estimées du partage en ligne d’informations concernant leurs enfants.
Rendre visible un risque devenu banal
Au cœur de la campagne, un film tourné dans un centre commercial met en scène une famille abordée par plusieurs inconnus. À travers leurs regards, la campagne montre comment des adultes iconnus de la famille peuvent reconstituer la vie d’une fillette à partir de simples publications postées par ses parents. Ce point de vue extérieur, volontairement intrusif, illustre un danger souvent mis de côté : la diffusion non maîtrisée d’informations personnelles.
Cette approche montre concrètement comment des informations apparemment anodines comme le nom, l’âge, le club de sport, la date d’anniversaire ou les horaires d’activités peuvent se transformer en informations exploitables pour des personnes potentiellement malveillantes. Le film illustre comment ces indices peuvent s’assembler pour dresser le portrait complet d’un enfant. L’un des malotrus sauvegarde même une photo sur son téléphone, soulignant la perte de contrôle dès lors que quelque chose est posté en ligne.
Au-delà de la fiction, la DPC rappelle que le « sharenting » crée une empreinte numérique dès le plus jeune âge. Les parents, souvent dans un geste affectueux ou spontané, publient simplement des contenus qui, mis bout à bout, forment un ensemble d’informations difficilement effaçables. Dans un contexte où les informations publiées révèlent lieux, horaires ou trajets, les risques sont encore multipliés.
Une exposition qui dépasse le cercle privé
La campagne met également en lumière les conséquences plus larges du partage en ligne. Une photo amusante aujourd’hui peut devenir embarrassante pour l’enfant qui aura grandi, dans quelques années. Cette exposition précoce peut entraîner moqueries, notamment dans un cadre scolaire où l’image prend une place importante à cet âge.
Les risques ne se limitent pas à la réputation : la DPC rappelle que l’accumulation d’informations personnelles peut faciliter des tentatives d’usurpation d’identité, de fraude ou même des incidents plus graves. Selon un rapport de la Fondation pour l’enfance, 50 % des images ou vidéos d’enfants circulant sur des forums pédocriminiels ont été initialement publiées par leurs propres parents sur les réseaux sociaux. À l’heure où des images peuvent être copiées, modifiées ou utilisées dans un contexte différent, le film insiste sur la sensibilité des contenus publiés par les parents parfois sans mesurer les risques potentiels.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large où les autorités européennes s’inquiètent de l’ampleur croissante du phénomène. En s’associant à la CNIL, la DPC entend rappeler que la protection des mineurs en ligne dépasse les frontières nationales.
Réfléchir avant de partager
« Pause Before You Post » se veut avant tout une campagne préventive. Plutôt que de culpabiliser, elle encourage les parents à prendre un instant avant de publier un contenu impliquant leurs enfants. Cette pause permet de s’interroger sur la nature de l’information partagée, son utilité réelle et les conséquences potentielles de sa diffusion dans le temps.
La DPC rappelle que chaque publication contribue à façonner une identité numérique durable, parfois largement au-delà de l’intention initiale. Le message est simple : réfléchir avant de poster peut limiter la diffusion non souhaitée de données sensibles et réduire les risques de détournement des informations ou photos. Dans un environnement où une image circule et se copie en quelques secondes, cette prudence constitue un outil essentiel pour protéger l’intimité des enfants.













