TikTok, les marques et les enfants : une spirale inquiétante

Par Myléna T. le 25/11/2025

Temps de lecture : 5 min

Petits écrans, gros dangers.

À Paris, le 25 novembre 2025, Amnesty International France a présenté le KidTok Shop, une installation artistique et militante sur la place de l’Opéra. L’exposition met en scène une adolescente placée dans une boîte de poupée, ayant pour but de symboliser la manière dont TikTok transforme ses jeunes utilisateurs en « produits ». Cette campagne vise à alerter le grand public et les pouvoirs publics sur la toxicité du modèle de la plateforme, qui privilégie la rentabilité et la consommation compulsive de ses contenus au détriment de la santé mentale des adolescents.

Selon l’organisation, malgré les mesures mises en place par TikTok pour limiter les contenus dangereux, l’algorithme continue de pousser les jeunes vers des vidéos favorisant la dépression ou les envies suicidaires. Amnesty International a recréé plusieurs profils d’adolescents de 13 ans pour tester le fil d’actualité « Pour toi » de la plateforme. Résultat : en moins de 20 minutes, les fils étaient saturés de contenus liés à la santé mentale, et après trois heures, tous les comptes étaient exposés à des vidéos sombres, illustrant ce que l’organisation appelle le « rabbit hole effect », phénomène par lequel un utilisateur, souvent sur une plateforme en ligne, se retrouve entraîné dans une spirale de contenus de plus en plus ciblés et spécifiques.

Le KidTok Shop illustre de manière concrète ce que les rapports d’Amnesty International documentent depuis plusieurs années. En reprenant les codes visuels des jouets et du merchandising, l’installation rend visible ce mécanisme invisible : derrière la plateforme se cache une exploitation systématique des émotions des utilisateurs. Amnesty International alerte sur l’urgence d’un encadrement effectif et appelle TikTok à modifier son modèle économique pour cesser de transformer la vulnérabilité des mineurs en opportunité commerciale.

Selon Katia Roux, chargée de plaidoyer Libertés chez Amnesty International, “l’installation KidTok Shop illustre la manière dont TikTok, via son système de recommandation algorithmique, exploite la vulnérabilité émotionnelle des jeunes pour capter leur attention et générer du profit.

On retrouve cette problématique dans le domaine de la beauté destinée aux enfants : depuis 2024, le phénomène des Sephora kids met en lumière des préadolescentes, âgées de 9 à 13 ans, se filmant sur TikTok pour montrer leurs routines de soins du visage et leurs achats dans des magasins comme Sephora ou Kiko. 

@loremipsum.cc

More and more children are « buying » beauty products and their parents seem to be ok with it #tiktokviral #trending #beautytok #beautyproducts #sephora #newfad

♬ Makeup/beauty/transformation/bright house(1296878) – G-axis sound music
@ayafamilyrachdi

Adapté aux enfants elle a dit ☺️@FAMILYVERETOUT

♬ You’re Somebody Else – 周森&DJ阿金

Ce phénomène, qui suscite inquiétude et débat, montre comment les marques profitent de la fascination pour les packagings colorés et les noms ludiques pour fidéliser ces jeunes consommatrices, les incitant à consommer des produits souvent inadaptés à leur âge.

Les conséquences de cette nouvelle tendance sur la santé des enfants sont réelles. L’usage d’actifs comme le rétinol, populaire pour ses effets anti-âge, peut provoquer de graves irritations. Pour les experts, la routine beauté des enfants devrait rester simple : « un nettoyant doux, une crème légère et un écran solaire ».

Début novembre, l’actrice Shay Mitchell a lancé Rini, une marque de skincare destinée aux enfants dès trois ans. Malgré la communication sur des ingrédients « naturels » et testés dermatologiquement, la marque a suscité une polémique mondiale.

Le phénomène a également été abordé dans le podcast Un monde nouveau par Mathilde Serrel, dans l’épisode intitulé Cauchemar cosmétique : les masques hydratants dès la maternelle ! publié le 12 novembre 2025. L’animatrice raconte : « Ce matin je vais vous raconter l’histoire d’un cauchemar cosmétique ! Il était une fois une actrice suivie par 35 millions de personnes sur Instagram. Un jour, comme d’autres célébrités avant elles, elle a voulu lancer sa marque de soins beauté. Son business quoi ! » Cet épisode met en lumière la controverse autour de Rini et la stratégie marketing visant à fidéliser les enfants dès leur plus jeune âge.

Les témoignages recueillis par Amnesty International illustrent l’impact psychologique de ces pratiques. Plusieurs familles françaises, touchées par le suicide de jeunes filles après exposition à des contenus nocifs sur TikTok, ont rejoint le collectif Algos Victima pour dénoncer la responsabilité de la plateforme.

News Scan Book

1

2

3

4

5

Précédent Suivant