Comment « le plus grand dealer d’Europe » construit ses marques

Par Isadora L. le 08/09/2022

Temps de lecture : 5 min

L’interview d’Alexandre Lacarré, fondateur de Phytocann.

En mai dernier, nous vous avions déniché un sujet d’actualité des plus insolites : Booba commercialisait une nouvelle variété de cannabis : la B-45. Une nouvelle bien appréciée des lecteurs de la Réclame (top 5 des articles de l’année), tellement appréciée que nous avons voulu aller plus loin aujourd’hui, en invitant Alexandre Lacarré, fondateur du groupe Phytocann, leader du CBD et repreneur de la banque de graines de collection de THC Silent Seeds, pour notre rubrique Parole d’annonceur.

Dans cet entretien, il nous détaille comment son groupe basé en Suisse et valorisé à 100 millions d’euros se fraie peu à peu un chemin en Europe avant une potentielle introduction en bourse et le recrutement de « 1000 dealers légaux » en France.

Est-ce simple de faire émerger des marques (Ivory, Kanolia, Easy Weed, Buddies…) dans le contexte légal mouvant du CBD ?

Alexandre Lacarré : La première problématique au quotidien pour nous est liée aux banques. Elles nous mettent des bâtons dans les roues. Le CBD est encore un sujet délicat pour elles.

Pour faire émerger nos marques auprès des consommateurs, nous privilégions un discours pédagogique concernant le CBD, car les vertus de celui-ci sont très mal connues, voire jugées négativement.

La publicité vous est-elle autorisée pour le CBD ? Que ce soit en ligne, à la télévision ou dans les médias ?

A.L. Malheureusement, nous n’avons pas le droit d’acheter de publicité sur Google Ads ni sur Facebook Ads. Sur Snapchat, c’est compliqué également. Alors nous nous basons sur le référencement naturel, les relations publics  et sur la réputation de nos marques B to C. Nous avons déjà pu faire de la promotion via la presse spécialisée ou à la radio.

Il n’y a pas vraiment de publicité TV pour le CBD, cela va en général passer par du sponsoring d’émissions. Mais ce n’est pas d’actualité pour nous, puisque notre rôle pour le moment est surtout pédagogique : nous n’allons pas inciter les gens à acheter du CBD sans en expliquer le fond, ce n’est pas comme ça que l’on fonctionne.

Nous préférons d’abord construire notre communauté, déjà bien installée en France par ailleurs.

Les collaborations avec les influenceurs sont encore rares, puisque certains ne veulent pas que leur image soit associée avec la fleur de CDB à fumer, encore assez mal vue.

La France est-elle votre marché principal ?

A.L. : Oui. La France est le premier marché du CBD en Europe. Parmi les produits les plus vendus nous retrouvons les fleurs, résine (à fumer donc), et les huiles. [ndlr : Phytocann commercialise également des cosmétiques, boissons et snacks à base de CBD]

Vous avez déclaré vouloir « devenir le Apple du CBD ». Comment comptez-vous y parvenir ?

A.L. : Quand j’ai mentionné Apple, ce n’était pas pour le monopole qu’ils ont aujourd’hui dans le monde, mais plutôt dans l’esprit des boutiques et du design. Rendre simple une innovation bénéfique, et surtout accessible aux plus grand nombre.

Parlez-nous de votre opération en mai dernier avec Booba pour la commercialisation de la B-45

A.L. : Mon associé et Booba se sont connus aux Bahamas et ont sympathisé. Nous avons été amenés à échanger et la collaboration s’est faite très naturellement. Il nous a dit dès le départ que le CBD pour lui « c’est du Champomy », et qu’il voulait quelque chose « qui frappe fort ». Nous avons alors orienté le partenariat vers Silent Seeds, notre banque de graines de cannabis de collection, qui une fois cultivées, comportent du THC. Cette activité correspond à une zone grise de la législation, qui nous permet d’opérer légalement. 

Booba a l’habitude de tout gagner dans le domaine musical. Il voulait ainsi le meilleur pour le fruit de notre collaboration. Il a été séduit par notre proposition de croisement, la force de sa teneur en THC (30 à 32 %) et le fait que ce soit une « génétique » unique, qui ne sera jamais vendue autrement que sous le nom B-45 by Booba.

Avant que l’on fasse le communiqué de presse, Booba avait fait un petit teasing sur les réseaux. Cela a immédiatement pris dans les médias, dont certains ont cru que Booba se lançait dans le CBD. Ce qui était erroné, mais au moins ils parlaient de nous. Ensuite nous avons diffusé une bande annonce en animation – créée par les équipes de Booba – et un packaging exclusif à son image. Nous avons vu les choses en grand, et cela a fonctionné !

Quelles ont été les retombées de ce coup de com’ ?

A.L. : Nous avons été relayés par environ 200 médias en Europe. J’ai été très surpris de voir le succès que l’annonce a eu en Allemagne, en Hollande ou encore en Espagne.

Pouvez-vous faire de la publicité pour Silent Seeds (dont les graines, une fois cultivées, donnent du THC) ?

A.L. : Il y a des médias spécialisés dans lesquels nous pouvons faire de la publicité légalement. Mais notre stratégie la plus efficace, c’est d’être au plus proche de nos clients : nous sommes présents dans tous les magasins qui vendent de la graine de cannabis, il y en a près de 800 magasins en Europe.

Vous avez déclaré passer « le plus clair de [votre temps] à essayer de faire avancer notre industrie ». Comment voyez-vous celle-ci dans 5 ans ?

A.L. : C’est compliqué de faire avancer les choses. La France n’aide pas le marché du CBD aujourd’hui, potentiellement car elle l’associe à tort aux effets psychotropes du THC. Mais l’Hexagone n’aura potentiellement plus le choix à terme : le pays sera entouré par des pays qui légalisent la production et la vente de CBD.

Aux États-Unis et au Canada, il y a eu des investissements massifs dans l’industrie du CBD. Mais cela a été trop financiarisé, des sommes folles ont été dépensées et il ne reste plus grand chose. Nous rentrons maintenant dans le dur, seules les sociétés menées par de véritables entrepreneurs vont perdurer.

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