Quand la profession dit stop aux silences gênants.
L’AACC vient de livrer les résultats de la 3ᵉ édition de son baromètre sur le harcèlement en agence, mené avec OpinionWay et Women Safe & Children. La consultation, réalisée entre décembre 2024 et janvier 2025 auprès de 582 professionnels, révèle un double mouvement : la parole se libère, mais la peur reste profondément ancrée.
Près de 4 victimes sur 10 osent désormais briser le silence, soit +17 points depuis 2021. Du côté des témoins, 33 % ont signalé des faits (+11 points). Les collaborateurs semblent aussi mieux armés : 71 % déclarent savoir comment réagir en cas de harcèlement. Même les hommes, longtemps absents de ces sujets, s’expriment davantage : 9 % se disent victimes de harcèlement sexuel, en hausse de 6 points. Quant aux moins de 30 ans, ils envoient un signal clair : 67 % attendent des solutions concrètes de la part de leurs agences.
Mais cette dynamique reste fragile. Plus d’un répondant sur deux (54 %) redoute encore d’être pénalisé dans son travail, et 38 % craignent de ne pas être pris au sérieux. Dans les faits, seuls 37 % affirment que des actions suivent un signalement, tandis qu’un tiers avoue ne pas savoir ce qui est entrepris.
Depuis 2020, l’AACC a fait de la lutte contre le harcèlement un axe prioritaire : intégration dans son label RSE Agences Actives, accord de branche, ligne d’écoute, guide pratique et formations dédiées. En 2025, deux dispositifs créatifs s’ajoutent : un « respectomètre » pour partager des repères collectifs, et une « fresque contre le harcèlement » pour sensibiliser aux conséquences de ces situations.
« La lutte contre le harcèlement ne peut être efficace que si elle s’inscrit dans le temps long », rappelle David Leclabart, co-président de l’AACC et président d’Australie GAD. Frédérique Martz, présidente du réseau Women Safe & Children, insiste, elle, sur la nécessité de renforcer le dialogue intergénérationnel.
Reste que les chiffres montrent un recul des actions de prévention par rapport à 2021 : 51 % des agences disent avoir un plan de lutte (-3 points), 61 % des outils de surveillance (-3 points) et 57 % mènent des actions de sensibilisation (-8 points).
Les agences, qui aiment s’afficher comme des lieux d’innovation et de créativité, sont donc face à un paradoxe : leurs dispositifs progressent, mais leur déploiement recule. La question est désormais de savoir si ces initiatives suffiront à transformer les promesses en réflexes durables.












