Pour Team Vitality, l’esport féminin est un levier puissant d’engagement sociétal pour les marques

Par Élodie C. le 17/03/2026

Temps de lecture : 10 min

Rising Bees, laboratoire d’un esport féminin encore en construction.

Cette tribune de l’Alliance Digitale fait partie du numéro spécial Gaming de notre newsletter.

L’essentiel

Si le jeu vidéo est aujourd’hui une pratique largement partagée entre femmes et hommes, la scène compétitive reste, elle, très majoritairement masculine. Un décalage qui tient à la fois à l’histoire récente de l’esport, au manque de role models féminins et à la structuration encore incomplète des parcours professionnels pour les joueuses. Pourtant, à mesure que l’écosystème se professionnalise et que les initiatives en faveur de la mixité se multiplient, la question de la place des femmes dans l’esport devient un enjeu à la fois sportif, culturel et économique.

Pour en comprendre les dynamiques, nous avons interrogé deux voix complémentaires de Team Vitality. D’un côté, Cosmïc (Charlotte Tranquillin), joueuse de l’équipe féminine Rising Bees sur League of Legends, qui raconte son parcours, son quotidien d’athlète et les réalités de la scène compétitive féminine. De l’autre, Amélie Canet, strategy and brand director du club, qui analyse la stratégie des équipes féminines dans l’écosystème esport et la manière dont elles redéfinissent les relations entre clubs, communautés et marques partenaires.

Le gaming est aujourd’hui une pratique très largement partagée entre femmes et hommes, mais l’esport reste extrêmement masculin. Comment expliquez-vous cet écart entre pratique et compétition ? 

Cosmïc (Charlotte Tranquillin) : Aujourd’hui, le jeu vidéo est très largement pratiqué par les femmes comme par les hommes. Pourtant, dans l’esport, la pratique compétitive des jeux vidéo, la proportion chute beaucoup. Il a fallu du temps pour que plus de femmes se mettent au gaming, et il faudra encore plus de temps pour que certaines passent à la compétition.

Cet écart vient de plusieurs raisons. D’abord, l’esport est un univers encore jeune. Même si le gaming s’est ouvert à un public plus large ces dernières années, passer du jeu à la compétition professionnelle demande du temps : des années d’entraînement et un parcours structuré.

Ensuite, il y a encore peu de visibilité et de role models féminins. Beaucoup de joueuses ne savent même pas qu’il existe un parcours compétitif ou ont du mal à s’imaginer dedans. Or voir des figures inspirantes est crucial pour se lancer.

Enfin, il y a des facteurs sociaux et culturels : historiquement, les jeux compétitifs étaient plutôt encouragés chez les garçons, ce qui crée aujourd’hui un décalage dans les talents disponibles. La bonne nouvelle, c’est que ça évolue. À mesure que le gaming devient plus diversifié et que des initiatives pour des parcours compétitifs inclusifs se développent, on devrait voir de plus en plus de femmes franchir le pas vers l’esport pro dans les années à venir.

Vous êtes aujourd’hui l’une des figures de l’équipe féminine League of Legends de Team Vitality. Quel a été votre parcours personnel pour accéder à ce niveau de compétition ? 

C.T. : J’ai commencé les jeux vidéos à l’âge de 4 ans, et plus particulièrement League of Legends à l’âge de 14 ans. Je jouais seulement pour m’amuser au départ, puis j’ai rejoint ma première équipe amateure en 2019. J’ai rejoint des équipes de plus en plus professionnalisées au fil des années, jusqu’à aujourd’hui chez Team Vitality !

Concrètement, à quoi ressemble le quotidien d’une joueuse professionnelle aujourd’hui : entraînement, compétition, préparation mentale, relation avec la communauté ? 

C.T. : Chaque joueur et joueuse a son propre quotidien. Bien sûr, il y a des similarités : on s’entraîne en équipe plusieurs fois par semaine, on a des matchs officiels seulement certains mois de l’année… En ce qui me concerne, je m’entraîne tous les jours seule, et entre 3 et 5 fois par semaine en équipe.

Je joue en moyenne 10h par jour quand une compétition approche, mais il faut savoir que le circuit féminin n’est actuellement pas régulier, il est un peu difficile de prévoir à l’avance quand est-ce que l’on va avoir des matchs officiels… Ce qui fait que l’important pour moi en ce moment, c’est de m’entraîner suffisamment pour garder un bon niveau, mais pas trop au risque d’en faire trop et de m’épuiser mentalement.

En ce qui concerne la communauté, celle de Vitality est exceptionnelle. Les fans sont toujours derrière nous et ça nous fait extrêmement chaud au coeur, tout comme ceux qui me suivent depuis des années en tant que joueuse et via mon stream !

Est-ce que le fait d’évoluer dans une équipe féminine change quelque chose dans la dynamique de jeu, l’entraînement ou la perception extérieure ? 

C.T. : Ayant joué à plusieurs reprises dans des équipes mixtes, j’ai pu constater des différences entre jouer avec des hommes ou des femmes. Dans une équipe féminine, le style de jeu est souvent plus posé, réfléchi, et l’ambiance y est plus calme de manière générale. Les personnages joués sont aussi très différents des circuits classiques, probablement dû au style de jeu différent que nous avons. Ce qui est également notable, c’est que l’on se connaît toutes plus ou moins en tant que joueuses. Lorsque l’on sait quelle équipe on va affronter, on sait souvent à quoi s’attendre sans même avoir effectué d’analyses approfondies de leur style de jeu.

De plus en plus de marques s’intéressent à l’esport. En tant que joueuse, comment vivez-vous cette dimension très visible du sponsoring et des partenariats ? 

C.T. : Je pense que c’est plus que nécessaire : c’est vital. Les structures ne peuvent pas vivre sans sponsors, c’est un fait, et sans structures et donc d’équipes, il n’y a pas de tournois. La scène féminine de League of Legends vit des moments difficiles, tant de joueuses se retrouvent sans projets sérieux et certaines ont même dû prendre une retraite anticipée à cause du retrait de certaines grosses structures esports du circuit. Si l’on revient aux rolemodels que j’évoquais plus tôt, c’est aussi grâce aux marques que nous pourrons en créer et intéresser d’autres femmes à se professionnaliser.

Team Vitality est aujourd’hui l’une des structures majeures de l’esport en Europe. Comment décririez-vous le rôle d’un club comme le vôtre dans l’écosystème gaming actuel ?

Amélie Canet : Du point de vue de l’écosystème français, nous nous voyons comme des pionniers de l’esport et, à ce titre, nous considérons que nous avons une responsabilité. Team Vitality souhaite se positionner comme une référence incontournable et un symbole de l’esport moderne.

Depuis sa création en 2013, Team Vitality a été la locomotive de l’esport en France. Désormais, l’organisation s’impose à l’international en innovant et en définissant de nouveaux standards pour le secteur. Notre ambition est de bâtir un héritage durable qui transcende les frontières de l’esport et place Team Vitality comme un pilier et un exemple d’excellence et d’innovation dans l’industrie. Nous voulons rester en avance sur les tendances, prouvant ainsi sa capacité à anticiper et à répondre aux attentes de ses fans et de ses partenaires.

Vous avez développé plusieurs équipes féminines au sein de Vitality. S’agit-il d’un engagement sociétal, d’une stratégie sportive… ou aussi d’une opportunité pour les marques partenaires ?

A.C. : Pour nous, il ne s’agit pas de choisir entre ces piliers, mais de les faire converger. Le développement de nos équipes féminines répond à une vision globale. À travers nos équipes comme les Rising Bees, notre approche reste la même que pour nos sections masculines : la performance. Nous ne créons pas des équipes pour la forme, mais pour gagner et structurer un vivier de talents capable, à terme, d’évoluer au plus haut niveau mondial.

Avec près de 50 % de femmes au sein de la communauté gaming, l’esport devrait naturellement être un espace mixte. Pourtant, la représentation au niveau professionnel reste très faible, autour de 6 %, ce qui montre qu’il existe encore un décalage entre la pratique et la compétition.

En tant qu’organisation leader, notre rôle est d’aider à réduire cet écart. L’esport est, par essence, l’une des rares disciplines où la mixité totale est possible, car la performance ne dépend pas de critères physiques mais du talent, du travail et de la stratégie. À nous donc d’ouvrir la voie, de créer plus d’opportunités et de montrer que cette mixité peut devenir une réalité au plus haut niveau.

Des marques comme le Crédit Agricole cherchent aujourd’hui à s’associer à des valeurs fortes et authentiques. L’esport féminin offre un terrain d’expression unique pour toucher des audiences engagées. C’est une stratégie globale où l’impact social nourrit la performance sportive, laquelle renforce l’attractivité économique de l’écosystème. 

L’esport est devenu un terrain d’activation pour de nombreux annonceurs. Qu’attendent aujourd’hui les marques d’un partenariat avec une équipe de Vitality ? Et plus particulièrement avec Rising Bees ? La typologie de marques change-t-elle ?

A.C. : Au fil des années, nos collaborations avec des partenaires mondiaux nous ont appris une chose essentielle : les marques ne cherchent plus uniquement de la visibilité brute. Aujourd’hui, elles exigent de la pertinence, de la résonance et, surtout, une authenticité réelle auprès des nouvelles générations.

Depuis plus d’une décennie, nous évoluons au cœur de la « culture jeunesse ». Le jeu vidéo et l’esport ne sont plus des niches ; ils sont devenus les piliers centraux de la consommation de divertissement des Gen Z et Gen Alpha. Cet univers possède ses propres codes, son langage unique et ses rituels. Pour une marque, tenter d’y pénétrer sans guide est risqué. C’est là que Team Vitality intervient : nous agissons comme un interprète culturel, permettant aux annonceurs de s’intégrer naturellement dans le quotidien des fans.

C’est particulièrement vrai pour les Rising Bees. En s’associant à notre équipe féminine, les marques ne font pas que du « sponsoring » : elles soutiennent activement une transformation structurelle du secteur. Ce n’est plus seulement une question d’audience, mais de socle de valeurs. Certains partenaires voient dans l’esport féminin un levier puissant d’engagement sociétal. Pour ces marques, s’engager à nos côtés, c’est prouver leur capacité à accompagner les évolutions de la société tout en s’adressant à une communauté passionnée et engagée.

Vous annoncez régulièrement de nouveaux partenaires, comme récemment avec E.Leclerc. Comment ces marques s’intègrent-elles concrètement dans l’écosystème d’un club d’esport ?

A.C. : L’intégration de nos partenaires est au cœur même de notre stratégie : nous ne nous voyons pas comme un simple support publicitaire, mais comme un véritable partenaire stratégique. Nous envisageons chaque collaboration comme une association de marques où l’objectif est de placer nos partenaires au centre de notre écosystème.

Pour cela, nous mettons un point d’honneur à la co-construction. Qu’il s’agisse de plans d’activation, de stratégies de communication ou de déploiements sur le terrain, chaque initiative est pensée conjointement pour répondre de manière précise à la fois à nos enjeux et aux objectifs spécifiques de la marque.

Les exemples sont concrets, avec E.Leclerc : Nous partageons une vision commune de l’accessibilité. Notre mission est de démocratiser l’esport et de le rendre accessible à tous, partout en France. Avec Evnia, nous nous concentrons sur l’expérience fan. Nous développons des dispositifs immersifs au cœur des plus grandes compétitions pour renforcer le lien entre la marque et la communauté. Et l’année dernière, nous avons co-créé des programmes de sensibilisation dédiés à la santé mentale dans l’esport, dans le cadre de notre programme Kare. Nous ne juxtaposons pas des logos ; nous bâtissons des projets qui servent l’industrie et la communauté.

Plus largement, comment voyez-vous évoluer la relation entre marques, créateurs et équipes d’esport dans les prochaines années ?

A.C. : A.C. : Le gaming est aujourd’hui la première industrie de divertissement au monde et l’esport se situe au cœur de la youth culture. C’est devenu un secteur incontournable pour les marques qui souhaitent adopter ces nouveaux codes et s’adresser aux jeunes générations de manière authentique.

Cette compréhension des communautés et des créateurs nous permet de concevoir des expériences immersives et « social-first ». Nous mettons d’ailleurs cette expertise à disposition des annonceurs via notre agence marketing RushBee, lancée l’an dernier.

L’attractivité du secteur va continuer de croître, notamment auprès des marques non endémiques qui cherchent à rajeunir leur base de consommateurs. L’esport offre des opportunités uniques : gamification et immersion au cœur des expériences, mais aussi grands événements dans des stades à travers le monde, devenus de véritables shows auxquels les marques souhaitent s’associer.

Nous développons aussi des dispositifs de « Gaming Leisure » pour la marque employeur, par exemple des tournois étudiants ou des formats internes pour fédérer les collaborateurs. Notre ligue corpo organisée avec Riot France, qui a réuni la SNCF, les pompiers de Paris ou Engie, en est un bon exemple.

L’esport propose ainsi une palette d’activations très riche, à la croisée du sport et du divertissement. La relation entre les marques et cet univers devrait continuer de se structurer pour devenir un pilier des stratégies de communication.

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