Vos données Pokémon Go serviront bientôt à l’IA de robots livreurs

Par Gabrielle S. le 18/03/2026

Temps de lecture : 4 min

Vous ne le saviez pas mais…

Le 10 mars 2026, la filiale IA de Niantic, Niantic Spatial, a annoncé la signature d’un partenariat avec Coco Robotics, afin d’aider les robots livreurs de cette entreprise à mieux se repérer dans l’espace urbain. Un accord qui peut sembler anodin mais qui en dit long sur les enjeux à venir.

Des milliards de données utilisées

Niantic, c’est l’entreprise derrière Pokémon Go, ce jeu de réalité virtuelle qui avait fait un carton à son lancement en 2016 (et qui compte toujours dans les 50 millions d’utilisateurs mensuels). Vous pouviez y attraper des Pokémons à travers votre téléphone, en réalité augmentée, comme s’il se déplaçait devant vous. Et vous ne saviez peut-être pas mais en fait, scanner une rue sur l’application ne permettait pas seulement au joueur de trouver des Pokémons cachés, mais aussi à Niantic de récupérer des images de ladite rue.

En mars 2025, Niantic a vendu à Scopely l’ensemble de ses jeux vidéo pour 3,3 milliards de dollars. Mais l’entreprise a visiblement toujours accès à la base de données immense sur l’environnement citadin et rural du monde, constituée par les utilisateurs de Pokémon Go, (presque) à leur insu. L’entreprise possède ainsi aujourd’hui près de 30 milliards d’images précises de rues et bâtiments du monde entier, sous plusieurs angles, à plusieurs moments de la journée, sous différentes météos. Niantic a aussi récupéré l’heure à laquelle la vidéo ou photo a été prise, la direction cardinale du téléphone, si ce dernier bougeait, si l’appareil photo regardait en haut ou en bas etc. L’opération a notamment été facilitée par la fonctionnalité “Étude de terrain” introduite en 2020, qui incitait les utilisateurs à filmer des statues et autres monuments en échange de récompenses in-game.

Cette base de données a permis à Niantic Spatial de mettre au point un VPS (Visual Positioning System) ultra-précis, qui détermine la localisation exacte d’une personne ou autre, au centimètre près, à partir d’images de leur environnement. Le VPS est une technologie essentielle dans le développement de voitures autonomes, par exemple, et son échelle est plus rétrécie que celle du très utile et récemment amélioré Google Maps. Bien plus efficace que le GPS en milieu urbain, du fait des rebonds de signal occasionnés par de hauts immeubles, le VPS de Niantic Spatial entraînera désormais les robots livreurs de Coco Robotics.

Plus globalement : Niantic Spatial se positionne comme un éditeur de “Large Geospatial Model (LGM)“, un modèle d’IA qui comprend réellement le monde physique. À la façon de “world models” vantés par Yann Le Cun, tout fraichement parti de Meta pour fonder la startup AMI Labs.

Cartographier pour des robots

Coco Robotics est une startup californienne qui déploie environ mille petits robots livreurs à Los Angeles, Chicago, Jersey City, Miami, et Helsinki. Créée en 2020, elle revendique avoir assuré plus de 500 000 livraisons depuis. Mais Coco Robotics admettait jusque là à ses robots quelques problèmes dû à ce malfonctionnement chronique du signal GPS en ville. Munis de quatre caméras, les robots Coco pourront se faire une meilleure idée de leur environnement direct grâce au VPS de Niantic. Entre la réduction des chances pour le robot se perdre, l’accélération et l’amélioration de la précision des livraisons, Zach Rash le PDG de Coco Robotics se réjouit de ce partenariat. “À l’avenir, nous explorerons conjointement de nouvelles manières de permettre aux robots Coco d’agir avec une sécurité et autonomie accrues dans n’importe quelle ville.”, prévoit-il dans un communiqué.

Vous l’aurez compris, il ne s’agit plus de faire des cartes à l’usage des humains seulement : le public cible de ces nouvelles technologies, ce sont les robots. Quand Brian McClendon, CTO de Niantic Spatial, dit qu’il est “très focalisé sur ses tentatives de recréer le vrai monde”, il cherche peut-être in fine à le rendre accessible aux pauvres robots coincés dans un monde virtuel. Outre leur expliquer clairement l’agencement de leur environnement immédiat, l’entreprise IA a aussi pour ambition de leur fournir des listes de propriétés pour chaque objet dans le champ de vision de leurs caméras.

Qui aurait pu prédire ?

… que Pokémon Go servirait au perfectionnement des livraisons de robots ? Le partenariat annoncé pose bien sûr quelques questions d’éthique. Tout le monde n’est pas forcément enthousiaste de la venue prochaine de robots livreurs partout. Peut-être que les livreurs eux-mêmes ont joué à Pokémon Go, et contribué à leur propre remplacement futur ?

Faudrait-il rémunérer plus effectivement ces joueurs ayant aidé au développement du VPS qui fait aujourd’hui la prospérité de Niantic ? Ils n’ont reçu que des ressources en jeu pour leurs récoltes de données, dont ils n’auraient pû se douter qu’elles serviraient à autre chose qu’à rendre plus naturelle l’insertion de Pokémon dans leurs villes… Est-ce le prix à payer pour un jeu qui s’est avéré gratuit pour la très grande majorité des joueurs ? (modèle “free to play” avec achats intégrés optionnels)

Le PDG de Niantic Spatial, John Hanke, semble mettre cette nouvelle ligne de revenus sur le compte du hasard : “Il s’est trouvé que faire en sorte que Pikachu courre réalistiquement un peu partout  et que les robots Coco bougent correctement et en toute sécurité dans le monde est en fin de compte le même problème.” (Interview du MIT Technology Review)

News Scan Book

1

2

3

4

5

Précédent Suivant