Comment l’IA réduit le temps de travail… et génère une charge mentale invisible

Par Myléna T. le 19/02/2026

Temps de lecture : 3 min

Faire plus, sans travailler moins.

La promesse de l’intelligence artificielle de réduire la charge de travail pourrait bien être plus compliquée que prévu. Publiée dans Harvard Business Review ce 9 février, et menée par Aruna Ranganathan et Xingqi Maggie Ye, la recherche montre que l’utilisation d’outils d’IA générative dans une entreprise technologique américaine de 200 salariés a entraîné une intensification du travail plutôt qu’une réduction. Les employés ont non seulement augmenté leur rythme, mais ont aussi intégré de nouvelles tâches à leur quotidien, souvent de manière volontaire.

Pendant huit mois, les chercheurs ont observé l’activité des équipes en personne deux jours par semaine, suivi les échanges internes et réalisé plus de 40 entretiens approfondis couvrant l’ingénierie, le produit, le design, la recherche et les opérations. Trois phénomènes principaux ont été identifiés : l’élargissement des responsabilités, la disparition progressive des moments de pause et le développement du multitâche, qui modifie profondément la façon dont le travail est effectué au quotidien.

L’élargissement des responsabilités a permis aux employés de s’attaquer à des tâches qu’ils n’auraient pas assumées auparavant, s’occupant de tâches laissées de côté ou anticipant des besoins. 

Selon l’étude, « Les travailleurs ont fait plus parce que l’IA rendait « faire plus » possible, accessible et, dans de nombreux cas, intrinsèquement gratifiant ». Les ingénieurs, par exemple, consacrent davantage de temps à superviser ou corriger des travaux de leurs collègues, une activité qui ne fait pas partie de leur mission officielle mais qui alourdit leur charge réelle.

Le travail s’infiltre également dans les moments initialement consacrés aux pauses. Les employés effectuent de petites tâches pendant le déjeuner ou entre deux réunions, ce qui crée un flux continu de travail sans que cela soit perçu comme une surcharge immédiate. Les auteurs notent que « le travail semblait moins limité et plus ambiant », et soulignent que cette intensification génère une fatigue cognitive, susceptible de nuire à long terme à la santé mentale.

Enfin, la gestion simultanée de plusieurs tâches devient systématique : certains combinent travail manuel et production générée, relancent des tâches en attente ou coordonnent plusieurs flux simultanément. Un ingénieur résume ainsi la situation : « Vous aviez pensé que peut-être, oh, parce que vous pourriez être plus productif avec l’IA, alors vous économisez du temps, vous pouvez travailler moins. Mais en réalité, vous ne travaillez pas moins. Vous travaillez juste autant, voire plus. »

Pour limiter les effets de cette intensification, les chercheurs recommandent de mettre en place une « pratique de l’IA » : organiser des pauses planifiées, séquencer les tâches et préserver les interactions humaines.

L’objectif est de structurer l’usage des outils afin de conserver les bénéfices de productivité tout en évitant l’accumulation silencieuse de stress et de fatigue, et de maintenir un rythme de travail soutenable sur le long terme.

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