L'interview de Maxime Cerda, co-fondateur de Stamp.
Entre fragmentation des inventaires, montée en puissance des plateformes globales et attentes croissantes des annonceurs en matière de performance, la CTV cristallise à la fois de fortes promesses et des défis encore non résolus, notamment autour de la mesure et de l’activation de la data.
Dans ce contexte, de nouveaux acteurs spécialisés émergent pour tenter de repenser les standards du programmatique. C’est le positionnement de Stamp, DSP française dédiée au streaming cofondée par Maxime Cerda, qui revendique une approche plus adaptée aux usages de la CTV, à mi-chemin entre simplicité d’activation et sophistication des ciblages. Entretien sur les enjeux d’un marché en recomposition, entre logiques locales et ambitions européennes.
Quel est le principal enjeu actuel pour le marché français de la CTV ?
Maxime Cerda : L’enjeu principal reste la mesure. Les travaux de Médiamétrie sont très bien, mais ils restent encore partiels. Les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde, notamment pour des acteurs comme YouTube, et la mesure reste très centrée sur les chaînes de télévision. Il manque encore des briques, certains environnements comme ceux de Samsung ou LG ne sont pas forcément intégrés, et les offres des opérateurs complexifient aussi l’ensemble. Nous attendons une mesure unifiée, capable de couvrir tout le spectre.
Au-delà de la mesure d’audience, il y a surtout un enjeu plus large autour de la mesure de la performance. Aujourd’hui, tout ce qui relève de l’attribution, du marketing mix modeling ou de l’impact business reste coûteux et complexe à mettre en place. La CTV est perçue comme un levier efficace, mais nous manquons encore d’indicateurs concrets, d’outcomes.
Nous savons mesurer qu’un spot a été vu à 95 % ou 100 %, ce qui est déjà une bonne base. Mais pour un annonceur, cela ne suffit plus. Ce qu’il attend, c’est de savoir si cela génère des ventes, des leads, un impact réel sur son activité. Or, ces indicateurs sont encore peu standardisés, parfois onéreux, et pas toujours accessibles.
En 2026, le vrai chantier sera celui de l’outcome : être capable de relier l’exposition publicitaire à des résultats business tangibles, de manière fiable et généralisée.
Qu’est-ce que permet Stamp aujourd’hui ?
M.C. : Stamp est une DSP, une plateforme d’achat que nous avons développée nous-mêmes, avec un positionnement très orienté streaming. Elle permet d’adresser différents types de clients avec plusieurs modes d’activation : soit en managed service, soit via des deal IDs, soit en self-service, où les annonceurs peuvent opérer directement leurs campagnes.
Nous pouvons aussi intervenir comme une couche complémentaire des grandes DSP comme DV360, The Trade Desk ou Amazon DSP, en apportant notre expertise spécifique sur le streaming. Mais l’objectif reste surtout de proposer notre propre plateforme en direct.
Stamp a été pensé pour être simple d’utilisation, dans une logique plus proche de Meta ou Google Ads que des DSP traditionnelles. L’idée est que n’importe quel annonceur puisse créer et piloter une campagne en quelques minutes, sans forcément être expert du programmatique.
Enfin, la plateforme permet de centraliser les activations : avec une seule interface, on peut orchestrer des campagnes sur différents inventaires, avec des capacités de ciblage fines, une forte contextualisation, et un gain de temps important dans l’exécution.
Quels inventaires sont accessibles via Stamp ?
M.C. : Nous avons une approche particulière, puisque nous nous connectons en direct avec les éditeurs, majoritairement. Nous avons des contrats avec des acteurs comme M6, RMC BFM, TF1, et nous ne passons pas uniquement par des connexions programmatiques classiques en OpenRTB.
Ces intégrations directes nous permettent de recevoir des signaux supplémentaires, notamment sur le contexte ou l’adressabilité, qui ne transitent pas toujours par le programmatique. Ensuite, nous transformons ces requêtes en bid requests pour les activer dans un cadre programmatique.
Nous avons aussi des accords avec les constructeurs et les environnements technologiques, comme Samsung, LG, Titan ou Vidaa. Cela nous donne accès à un ensemble d’inventaires liés aux téléviseurs connectés et aux plateformes de streaming.
En revanche, nous ne sommes pas connectés en direct aux grandes plateformes globales. Pour ces environnements, nous passons par nos sièges sur Amazon DSP ou DV360. Pour l’utilisateur, cela reste transparent, puisqu’il peut piloter ses campagnes depuis une seule interface, mais nous intervenons alors davantage comme une couche complémentaire sur ces inventaires.
Quels marchés adressez-vous actuellement ?
M.C. : Aujourd’hui, nous sommes principalement présents sur le marché français. Nous avons également ouvert un bureau au Royaume-Uni il y a quelques mois, à la fin du mois d’octobre.
Notre ambition, cette année, est de nous ouvrir davantage à l’Europe. Nous regardons notamment des marchés comme l’Italie ou l’Espagne, avec l’idée de reproduire notre modèle en nous adaptant aux spécificités locales.
Il existe déjà des acteurs similaires aux États-Unis, qui ont atteint des niveaux de développement très importants. En Europe, ce marché est encore en structuration, avec un potentiel de croissance important pour des acteurs spécialisés comme nous.
Quelle est l’étape d’après pour Stamp ?
M.C. : Au-delà de la mesure, la prochaine étape est clairement la data. Aujourd’hui, il existe beaucoup d’acteurs du digital, mais aussi des groupes de presse, qui disposent de données très fines, avec des segments déjà construits. Et désormais, ces segments peuvent être activés en CTV, qui se rapproche de plus en plus du mobile ou du digital en termes de capacités de ciblage.
Nous avons déjà une forte expertise sur le contexte, c’est même comme cela que nous avons lancé Stamp. Mais l’objectif est maintenant d’aller plus loin en intégrant davantage de data.
La donnée first-party reste la propriété des éditeurs – par exemple celle de M6 sur ses environnements logués – et nous n’avons pas vocation à la récupérer.
En revanche, il y a un vrai enjeu à rendre activables, à l’échelle d’un réseau, des données issues d’autres acteurs : groupes de presse, distributeurs, acteurs de l’automobile ou du retail. Ces logiques existent déjà, mais elles sont encore très cloisonnées. Notre ambition est justement de décloisonner ces données.
Enfin, ce chantier de la data est étroitement lié à celui de la mesure. Les acteurs qui apportent des capacités de ciblage peuvent aussi contribuer à mieux mesurer l’impact des campagnes, notamment sur des indicateurs business. C’est sur ces deux dimensions que nous travaillons aujourd’hui.













