News de l'agence Babel
Projets stratégiques : moins de blabla, plus de tadaa !
Tribune de Juliette Mutel, présidente de Babel
Près de 25 années de conseil en communication durant lesquelles j'ai eu la chance d’accompagner une formidable diversité de projets stratégiques dans tous types d’entreprises. Des années jalonnées de plans quinquennaux ambitieux, de transformations radicales, de pivots salutaires, et un invariant qui les gouvernait tous : l'obsession de l'exhaustivité.
La scène se répète. Des Comex assistés de cabinets de conseil renommés produisent de brillantes stratégies. Quatre axes majeurs, huit grands leviers d'action, douze chantiers prioritaires. Intelligence collective au zénith, déployée sur des slides impeccables par des équipes dirigeantes pour qui chaque détail compte, chaque nuance est vitale et qui, c’est bien compréhensible, veulent tout raconter. Le piège ? Des projets stratégiques qui, dès lors, courent le risque d’être tout aussi remarquables dans leur conception que parfaitement inertes dans leur exécution. Car personne ne s'intéresse spontanément à ces édifices conceptuels. Non par désintérêt pour l'entreprise mais tout simplement parce que nous, humains, n'adhérons ni à l'hyper abstraction, ni au trop-plein d’informations indigestes.
Ne nous racontons pas d'histoires : jamais un projet stratégique n'a mobilisé 100 % des collaborateurs d'une entreprise et toute la diversité qui les sous-tend (filiales, métiers, fonctions, sensibilités). Cette réalité s'impose parfois brutalement aux dirigeants et le choc est palpable quand ils découvrent que leur vision stratégique, aussi brillante soit-elle, n'aura eu que peu d’impact sur le terrain. Mais si, au détour d'une projection tangible et d'une émotion fédératrice, les entreprises réussissent à faire comprendre à une majorité de collaborateurs le sens, la destination et les grandes étapes du chemin à suivre, alors elles auront vraiment gagné. C’est précisément là que la communication prend toute sa valeur, car elle n'est dans ces contextes jamais un vernis mais tout à la fois une priorisation, une planification et une narration puissante qui transforme des mesures juxtaposées en récit engageant et en actions mobilisatrices, ce que les meilleurs cabinets de conseil ne savent en réalité ni produire, ni orchestrer.
Dans la période chaotique que nous traversons, alors que les transformations sont plus profondes et les virages certainement plus serrés, s'appuyer sur le pouvoir transformatif de la communication est d’autant plus vital pour passer du projet (abstrait, distant, théorique) au programme (concret, proche, pratique), notamment quand les collaborateurs ne s'inscrivent plus vraiment dans une projection durable avec leur entreprise. Pourquoi, en effet, s’engager sur un temps long quand on ne s'y voit plus soi-même ? Dans un monde infobèse et hypercomplexe, la vraie performance réside alors dans la capacité à simplifier sans appauvrir, à vulgariser sans jamais dénaturer, à essentialiser pour être mieux compris. Comme l’affirmait Saint-Exupéry : “la perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer”. Les projets stratégiques sont précisément le lieu où cet impératif est aujourd’hui le plus déterminant. C'est à ce moment décisif de la vie d’une organisation qu'il faut avoir le courage – et c'en est un – de sacrifier quelques nuances pour gagner en impact et ainsi convertir la quintessence de l'intelligence d’une entreprise en véritable énergie collective.
Voilà peut-être le paradoxe le plus fécond du leadership contemporain : c'est en en disant un peu moins qu'on en fait beaucoup plus.
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Juliette Mutel
Présidente de l'agence Babel
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